Billy Wilder : comment montrer ses sentiments à ceux qu’on aime

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1. Le public est inconstant. 2. Prenez-les à la gorge et ne les lâchez pas. 3. Déterminez une ligne d’action claire pour votre protagoniste. 4. Sachez toujours où vous allez. 5. La marque du bon scénariste est de savoir masquer les ressorts de l’intrigue avec subtilité et élégance”.

Conseils aux scénaristes, Billy Wilder (1906-2002)

 

La sortie d’une copie neuve de La vie privée de Sherlock Holmes, hilarante rareté datant de 1970, nous rappelle que le réalisateur américain d’origine autrichienne Billy Wilder s’est sans cesse préoccupé, en abordant les grands genres du cinéma hollywoodien (comédie, comédie romantique, film noir, drame), de la manière dont les personnes amoureuses manifestaient leurs sentiments.

– Accepter les défauts : “nobody’s perfect”, bien sûr, “nul n’est parfait”, la dernière réplique de Certains l’aiment chaud (1959, avec Marylin Monroe), dans lequel Jack Lemmon, déguisé en femme pour échapper à la mafia de Chicago, fait craquer un vieux milliardaire qui, lorsque le comédien lui apprend son identité d’homme, n’y trouve rien à redire. A la fin de La garçonnière (1960), le même Jack Lemmon pardonne à Shirley Mc Laine de l’avoir délaissé pour lui préférer un temps son cynique patron.

– Reproduire les signes : A la fin de La vie privée de Sherlock Holmes, le célèbre détective, que tout le monde soupçonnait d’être homosexuel, s’effondre en apprenant la mort d’une espionne allemande (Geneviève Page) qu’il avait démasqué. Celle-ci a été exécutée au Japon, où elle opérait en portant le même nom que celui utilisé en Grande-Bretagne, lorsqu’il travaillait avec elle et la faisait passer pour sa femme.

– Pardonner les erreurs : Dans Assurance sur la mort (1944), l’un des joyaux du film noir, Fred MacMurray est un commis en assurance qui a tué par amour pour une femme fatale (Barbara Stanwyck, qui arbore un sourire proche de l’orgasme lors de la mort de son mari). La jolie assurance vie du mari doit être payée par le patron, et également ami (Edward G. Robinson), du commis. Au seuil de la mort, il s’excuse auprès de son patron de ne plus pouvoir travailler avec lui. “Je perds plus qu’un ami” répond l’autre, qui lui pardonne. “I love you too”, dit Fred Mac Murray.

Enfin, on doit à Billy Wilder l’une des plus belles et des plus cruelles scènes de cette histoire récente du cinéma. Dans Boulevard du Crépuscule (Sunset Boulevard, 1950), la star déchue du cinéma muet Norma Desmond (Amis scénaristes, essayez de trouver un nom de ce tonneau-là !), interprétée par Gloria Swanson est arrêtée pour meurtre par la police, devant une foule de reporters. On lui fait croire une dernière fois que les feux des projecteurs attendent l’actrice, et non la criminelle. A-t-on jamais allié au cinéma avec une telle puissance la cruauté au sublime ?