La route de Cormac Mc Carthy : la Terre a-t-elle besoin de l’Homme ?

“On me dit que l’homme n’a pas besoin de livres, mais la terre n’a pas non plus besoin de l’Homme”.

Jean-Paul Sartre, Qu’est-ce que la littérature ?

“L’homme est une invention dont l’archéologie de notre pensée montre aisément la date récente… Si ces dispositions venaient à disparaître comme elles sont apparues, … alors on peut bien parier que l’homme s’effacerait, comme à la limite de la mer un visage de sable.”

Michel Foucault, dernière phrase de Les mots et les choses

Le lyrisme et la simplicité du roman de Cormac McCarthy, prix Pulitzer 2007, également auteur du roman qui a inspiré le dernier film des frères Coen (No country for old men), sont les plus belles nouvelles que nous envoie le monde littéraire depuis longtemps. Cette histoire de deux survivants, un père et son fils, à une apocalypse dont nous ne connaîtrons pas la raison (nous remercions l’auteur de nous éviter le prêche écologiste à la mode, les dégâts de l’homme sont suffisamment éloquents dans le roman, et comme dit Truffaut, “on ne va pas au cinéma pour mettre un bulletin dans l’urne”), nous fait traverser les paysages désertiques des Etats-Unis selon la grande tradition du roman américain de Jack London, William Faulkner et Kerouac.

On imagine que le cinéma aura tôt fait de s’emparer de cette histoire d’anticipation adulte, où le père fait ce qu’il peut pour préserver son fils de la barbarie des derniers survivants qu’ils croisent au cours de leur marche vers l’océan, comme autrefois Antoine Doinel dans Les quatre cents coups. Le romancier nous fait partager le plaisir de ses héros lorsqu’ils trouvent, affamés, dans des bâtiments en ruine, un bocal de poires ou une boîte de thé. Cormac McCarthy a l’intelligence de dépasser la peur de l’extinction de l’homme (péché courant dans la science-fiction et l’anticipation) pour nous raconter un monde qui retourne progressivement vers son mystère originel. Certains crieront sans doute à la naïveté du bon sauvage dont rêvait Jean-Jacques Rousseau, mais les grands auteurs contemplatifs, Ibn Khaldoun, Jean-Jacques Rousseau, Chateaubriand et Cormac McCarthy savent que la bonté est le premier acte de résistance à la barbarie.

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