It’s a free world de Ken Loach, ou les ravages d’une société envieuse

Ken Loach est l’un de ces cinéastes boulimiques qui préfèrent livrer un film par an ou tous les deux ans, tels Claude Chabrol ou Steven Spielberg, plutôt que de disparaître quatre ans à la recherche d’un hypothétique chef-d’oeuvre. Il est aussi un cinéaste dont la colère n’a pas diminué depuis ses débuts, ses films ayant toujours pris le parti des classes populaires, ouvriers et chômeurs, contre le cynisme du capitalisme sauvage.

 

It’s a free world marque une nouvelle étape dans la carrière du cinéaste anglais car il nous montre un personnage ambigu, interprété par la jeune comédienne Kierston Wareing, jeune femme attachante, battante, aimante, très attachée à son fils, issue de la working class, mais prête à commettre l’irréparable pour s’en sortir et toucher sa part du gateau, en faisant travailler des intérimaires en situation plus ou moins irrégulière dans des conditions inhumaines.

A la différence de films utopistes de Ken Loach comme Land and Freedom ou Raining Stones, qui croyaient en la force de la communauté, il ne semble plus y avoir une once d’espoir dans It’s a free world. La scène où elle fait expulser des clandestins car elle a besoin de leur campement pour héberger ses travailleurs, mais réalise qu’elle expulse à la même occasion les petites filles iraniennes qu’elle avait précédemment hébergées, est terrifiante. Comment un idéaliste devient-il un salaud, demande Ken Loach ? En plaçant ses désirs par-delà son éthique.

 

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