Dominik Moll/Vincent Cassel : Le Moine qui se voulait du bien

Le MoineLe visage osseux de Vincent Cassel en toge semble sortir d’une toile de Zurbaran, on oublie en quelques minutes le lourd passé cinématographique de la star des jeunes pour se laisser happer par la prose gothique de l’époque de Matthew Lewis et le scénario de Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien) et Anne-Louise Trividic (scénariste pour Patrice Chéreau et Pascale Ferran).
Où sommes-nous ? Dans Le moine, rien que ça, adaptation du roman gothique préféré des fans de jeu de rôle dont je fus, danse macabre autour des thèmes favoris de la fin du XVIIIe siècle : le péché, la mésalliance, l’inceste, le viol, la damnation, le triomphe de la raison sur la passion, etc. Avant Dominik Moll, Antonin Artaud et Luis Bunuel ont tenté de s’y frotter sans aboutir. Le cinéaste préfère une question plus contemporaine, le besoin de femmes pour les hommes, de leur compagnie, de leur odeur, de leur intelligence, mais aussi le désir pour les femmes et la difficulté de le cacher ou de s’y soustraire.
Dans Le Moine, Ambrosio (Vincent Cassel), d’enfant abandonné est devenu un prêtre mystique qui remue les foules de son couvent andalou. Sa foi intransigeante l’amène à souhaiter la punition d’une nonne amoureuse, mais aussi à tomber sous le charme d’une belle jeune femme (Déborah François de L’enfant) qui réussit à se faire accepter dans le couvent par un habile subterfuge, à moins qu’il ne tombe amoureux d’une autre jeune femme emportée par ses délires mystiques (Joséphine Japy).
C’est bien évidemment sur Vincent Cassel que repose cette oeuvre flamboyante qui emprunte autant à la peinture espagnole de Vélasquez et Zurbaran, qu’au roman gothique anglais et à la musique du même nom signée Alberto Iglesias, le compositeur des meilleures BO de films d’Almodovar, qui signe ici une partition pour cordes stridentes à faire hurler. Le grand écart entre les exagérations du gothique et le rêve de clarté du Siècle d’or n’est pourtant pas toujours facile à tenir, et le mélange de certains comédiens qui appartiennent à l’une ou l’autre tradition est parfois bancal.
Avec Le Moine, Dominik Moll a surtout renoué avec son sens du malaise qui guidait son chef-d’oeuvre Harry un ami qui vous veut du bien (et le fameux “Michel dit que t’es une connasse, que t’as un pois-chiche dans la tête” asséné à table par Sergi Lopez à sa femme) et la meilleure scène du bancal Lemming (André Dussollier disputait Laurent Lucas de ne pas avoir couché avec sa femme). Lorsqu’il nous parle de la fragilité des hommes, des mâles, face à leurs pulsions. Souhaitons que ce retour dans la chambre de l’adolescence soit le début d’une nouvelle étape de sa carrière.


LE MOINE : BANDE-ANNONCE Avec Vincent Cassel… par baryla

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