Lust, Caution d’Ang Lee, ou le temps du cinéma sous l’occupation

lust.jpgLa guerre en Irak nous rappelle quotidiennement que dans les conflits modernes, la victoire militaire est moins difficile que l’occupation d’un peuple contre son gré. Il semblerait que ce conflit meurtrier, déclenché pour d’obscures motivations idéologiques et financières par l’actuel président des Etats-Unis, ait renouvelé le genre du film de guerre en l’étendant à ce sous-genre mal-aimé qui est le film sous l’occupation.

Lust, Caution d’Ang Lee (cinéaste sino-américain de Tigre et dragon et Le secret de Brodeback Mountain) nous raconte, de Hong-kong à Shanghaï sous l’occupation japonaise de la Chine pendant la seconde guerre mondiale, le complot d’un groupe d’étudiants pour assassiner un éminent collaborateur, interprété par Tony Leung Chiu Wai (qui s’est spécialisé depuis In the mood for love dans les regards en deux temps lorsqu’il quitte la compagnie d’une femme, 1. “elle est belle” 2. “Mon dieu qu’elle est belle !”).

Mâtiné d’érotisme un brin suranné, que ne désavouerait pas l’autre Tony Leung, Tony Leung Ka Fai (L’amant du film homonyme de Jean-Jacques Annaud, star du cinéma d’action hong-kongais), Lust, Caution évoque finalement les risques de la désobéissance civile (puisque la résistance à l’occupant est un métier dangereux) ainsi que les confusions de sentiment inhérents au métier d’agent double, car la jolie jeune étudiante du groupe est chargée de séduire Tony Leung pour l’entraîner dans un endroit non surveillé en vue de le tuer.

L’an dernier, Paul Verhoeven (Robocop, Total Recall) racontait dans Black Book l’histoire d’une résistante juive amenée à séduire un officier allemand durant l’occupation des Pays-Bas. La même année, Le labyrinthe de Pan évoquait la résistance d’un groupe de Républicains espagnols contre la barbarie franquiste (inoubliable Sergi Lopez en capitaine sadique).

Nul n’est apte à répondre sur ce qu’il ferait dans l’éventualité où son pays était occupé, ou soumis à la barbarie, mais ces films ont le mérite de rappeler la question posée par un agriculteur résistant de la région de Clermont-Ferrand, dans le documentaire Le chagrin et la pitié, consacré à l’occupation de la France durant la seconde guerre mondiale : “Ils me disent, “mais Monsieur, on savait pas où étaient les résistants”. Alors pourquoi moi, le pauvre couillon de paysan, je savais ?”

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *