Hors-la-loi de Rachid Bouchareb : il était une fois la révolution algérienne

Hors-la-loi

La polémique la plus débile de l’année cache un bon film, qui commence dans une ambiance de western par l’expropriation d’une famille algérienne (pour les béats de la colonisation, la population du pays a diminué de 3 millions d’habitants en 1830 à 2 millions cent mille en 1872 à cause des massacres, famines, expropriations, etc., liés à la colonisation), se poursuit par les massacres de Sétif et nous emmène en France, sur fond de l’internationalisation de la lutte pour l’indépendance, jusqu’à la manifestation du 17 octobre 1961.

Coupons court immédiatement aux accusations selon lesquelles le film serait “anti-français”. De la manifestation du 8 mai 1945, qui a fait 29 victimes Européennes et, selon la gendarmerie de l’époque qui minimisait souvent les pertes, “de 20 à 40 victimes musulmanes”, Rachid Bouchareb se contente de montrer les faits : un inspecteur de police a tué le porteur du drapeau algérien, des colons ont tiré au hasard dans la foule, les Algériens ont riposté. Le cinéaste ne s’étend même pas sur la répression, d’une violence inouïe, lors de laquelle les colons et l’armée ont employé des méthodes que les nazis n’auraient pas reniées : massacres de femmes, enfants et vieillards, torture, crémation des corps… Au total et en deux mois, près de 100 victimes de souche européenne, 15 000 victimes musulmanes selon le général Tubert chargé de l’enquête, de 20 à 30 000 selon les historiens, 45 000 selon le FLN.

Ceux qui chercheraient encore des sentiments anti-français dans la suite du film perdraient leur temps. Hors-la-loi se concentre sur l’étoffe dont les révolutions sont faites, où tous les coups sont permis : règlement de compte entre le FLN et le MNA plus modéré, utilisation des manifestants pacifistes pour médiatiser la répression, diversité des destins et des choix (militer, s’intégrer, etc.). Dans la seconde partie, le film se focalise sur la montée de la haine entre les militants algériens et la police française qui structure encore aujourd’hui les rapports de force entre les jeunes maghrébins de banlieue et les forces de l’ordre. Saïd (Sami Bouajila) choisit le parti de la révolution, rejoint par son frère militaire (Roschdy Zem) qui s’est découvert une passion pour l’indépendance à Dien Bien Phu. Le troisième (Jamel Debbouze) sort du bidonville de Nanterre en devenant proxénète et en rêvant de créer le premier champion français d’origine algérienne.

Jamel Debbouze manque sans doute d’ambiguïté pour donner du corps à ce dernier personnage, mais Rachid Bouchareb insiste principalement sur la violence par laquelle se construisent les révolutions et les états. Dans ce domaine, ses influences sont bien évidemment Francis Ford Coppola, Sergio Leone et Jean-Pierre Melville, soit les grands cinéastes qui ont pensé la violence de l’histoire de leur pays. Depuis au moins Sophocle, c’est au moment où les pays se débarrassent de leur manteau de pureté pour mettre le nez dans le sang qu’ils deviennent adultes.

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