A Serious Man des frères Coen : Nous, pauvres Ulysses en notre Odyssée

A Serious Man

Voilà ce qui arrive lorsqu’on n’est ni milliardaire, ni habitant d’un pays en guerre, à savoir pas grand chose, comme ce pauvre Larry, prof de maths minable de l’Amérique profonde, qui découvre la loi de l’emmerdement maximal. Il est largué par sa femme, envahi par un frère malade, la puberté de ses enfants et plus généralement la communauté juive à laquelle il appartient, dont chaque intervention pour l’aider se transforme en catastrophe.

Les frères Coen poursuivent leurs histoires de minables plongés malgré eux dans leur Odyssée avec cette histoire pas triste inspirée de leur enfance dans le Minnesota. Ici, les enfants préfèrent Jefferson Airplan (“Somebody to loooove”) aux cours d’hébreu, les profs de math juifs ont un voisin facho et une voisine fantasmée.

Mais il serait trop simple pour les frangins de raconter cette histoire de braves gens à la manière de John Huston, et c’est dans l’imaginaire de l’histoire des juifs que les cinéastes puisent afin de poursuivre ce mode de narration qui s’est imposé après la seconde guerre mondiale, qui mêle contes populaires, proverbes, références au Talmud et la Torah, etc., comme le faisait la passionnante enquête Les disparus consacrée par Daniel Mendelsohn à la partie de sa famille emportée par la Shoah. Le rideau du film se referme sur une double pirouette des frères Coen sur l’ironie des circonstances et l’impermanence des choses : l’oeil vif gardé sur la prochaine catastrophe pour mieux s’en préserver, etl’humour politesse du désespoir. Comme dit le proverbe juif, “l’homme pense, Dieu rit”.

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