La route d’après Cormac McCarthy : l’adieu au monde

La Route

C’est d’abord un roman magistral (la libraire de mon quartier ne s’en est toujours pas remise) écrit par un écrivain américain âgé, hanté par le mal, qui sait qu’il laissera bientôt un petit garçon dans ce monde. John Hillcoat a transformé cette oeuvre en un film sage qui sans être déplalisant perd la poésie de l’auteur.

Le voyage vaut surtout pour Viggo Mortensen, qui a fait rêver en devenant Aragorn tous ceux qui ont rêvé durant leur adolescence boutonneuse de ressembler à des elfes ou des nains, avant de trouver que les filles, c’est quand même mieux que les hobbits. Il joue ici tout en rides et en barbe grisonnante un homme condamné à errer vers le sud avec son fils dans un monde post-apocalyptique.

La route n’était pas le premier roman du genre, mais Cormac McCarthy lui a offert une poésie et un souffle inédits dans ce genre considéré à tort comme mineur, pour une métaphore d’un monde au bord du gouffre le jour où la puissance de destruction accumulée tombera aux mains du mal. John Hillcoat s’est entouré d’un casting hors pair pour faire chanter les mots de l’écrivain, la belle belle Charlize Theron (qui apparait en flashback dans des images assez kitsch), Robert Duvall et même Michael K. Williams, l’un des meilleurs comédiens de la plus grande série produite pour la télévision, The wire (Sur écoute, 5 saisons, il y jouait Omar, un Robin des bois noir et homosexuel, le personnage préféré d’Obama !).

En adaptant No country for old men (injustement traduit par Non ce pays n’est pas pour le vieil homme, un roman dont le titre signifie Pas de pays pour les vieux) du même écrivain, les frères Coen offraient un visage au mal avec Javier Bardem et à la poésie de McCarthy. Hillcoat est un bon illustrateur, mais ses limites sont évidentes lorsqu’il s’avère incapable de nous faire entendre l’un des plus beaux poèmes de la littérature, qui clot le roman La route : “Autrefois il y avait des truites de torrent dans les montages. On pouvait les voir immobiles dressées dans le courant couleur d’ambre où les bordures blanches de leurs nageoires ondulaient doucement au fil de l’eau. Elles avaient un parfum de mousse quand on les prenait dans le main. Lisses et musclées et élastiques. Sur leur dos il y avait des dessins en pointillé qui étaient des cartes du monde en son devenir. Des cartes et des labyrinthes. D’une chose qu’on ne pourrait pas refaire. Ni réparer. Dans les vals profonds qu’elles habitaient toutes les choses étaient plus anciennes que l’homme et leur murmure était de mystère.”

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