Abdellatif Kechiche, cinéaste de la montée des colères

Parmi les cinéastes du sentiment, il y a les archéologues du désir amoureux (Truffaut, Rohmer, Almodovar), de la fraternité (Michael Curtiz, Howard Hawks, Steven Spielberg et plus généralement la plupart des cinéastes américains classiques) et les archéologues de la colère : Kobayashi, Scorsese, Pialat et aujourd’hui Kechiche. 

La graine et le mulet, dans lequel Slimane, un vieil ouvrier d’origine tunisienne, décide d’ouvrir un restaurant sur un bateau après avoir été licencié, est une histoire de colère envers un monde de plus en plus jeune qui ne regarde même plus, comme le chantait Jacques Brel, ce que les mains des vieux racontent, envers une société dominée par les hommes où les femmes se retrouvent seules à s’occuper des enfants (superbe scène de crise de la jeune femme d’origine russe mariée au fils aîné de la famille, qui ne cesse de la tromper avec la bénédiction de sa propre mère), envers un pays qui refuse à ses immigrés originaires du Maghreb le droit d’être Français comme les autres (terrifiante galerie de portraits de notables de Sète, commerçants, fonctionnaires et puissants prêts à tout pour empêcher Slimane d’ouvrir son restaurant). 

La fraternité du couscous familial, au cours duquel tout le monde se mélange, ne fait pas oublier la tragédie qui se prépare. “L’amour, l’amour” dit Sabrina Ouazani en s’adressant à sa mère, mais que reste-t-il des amours du pauvre Slimane ? Le ballet des femmes courageuses, à la fin du film, qui oublient leurs tensions pour préparer et servir le couscous en l’absence des hommes.

 

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