Etat des lieux du court à Pantin (3) : faussaires et mensonges

 Maud Alpi dans Nice (Photo)

Il faut croire que l’hypersurveillance à laquelle nous sommes soumis nous a tous rendus un peu faussaires, puisque nos mensonges sont la seule vérité non traçable qui nous reste. Trois films diffusés à Pantin interrogent la dimension prise par le mensonge, aux autres ou à soi, dans la société contemporaine.

Si seulement d’Hélène Abram dresse le portrait d’une jeune chômeuse bordelaise qui s’invente un monde enchanteur pour rassurer sa mère inquiète au téléphone. Les coupures de journaux lui fournissent la trame d’un emploi et d’un amant rêvé jusqu’à ce qu’au bout de la solitude, avant de se transformer définitivement en fantôme, la jeune femme ne finisse par retourner la situation.

Le très beau film Nice de Maud Alpi raconte l’histoire triste d’un adolescent qui ne comprendra jamais pourquoi sa mère ne l’aime pas, sur un air de comédie musicale désenchantée comme nous y a habitué Christophe Honoré dans Les chansons d’amour. C’est la densité de toutes les micro-histoires qui entourent le héros (les amourettes de ses copines, la recherche angoissante d’un colis à La Poste, qui ne s’avère être qu’un catalogue La Redoute, etc.) qui crée la force de ce film attachant, là où la plupart des courts se contentent de raconter leur synopsis.

Enfin, le difficile The passenger d’Aurélien Vernhes-Lermusiaux part à la recherche du film Zabriskie Point d’Antonioni, à la manière dont le chef-d’oeuvrissime Sans soleil de Chris Marker partait à la recherche de Sueurs froides, en reprenant sa forme de journal épistolaire lu par l’envoûtante Aurore Clément (Apocalypse now Redux, Paris Texas, etc.). La quête du jeune cinéaste, qui espérait clore son film par une rencontre avec le cinéaste italien, s’est achevée à la fin du tournage par la mort d’Antonioni. Où l’on part à la recherche de quelque chose, et l’on finit toujours par tomber sur soi, alors qu’en partant de soi, on peut aussi s’ouvrir aux autres et au monde (les révoltes étudiantes chez Antonioni, le Japon et l’Afrique noire chez Chris Marker).

Le programme 6 sera rediffusé le mercredi 17 juin à 20 heures

Festival Côté court de Pantin, du 10 au 20 juin 2009, www.cotecourt.org, Ciné 104, 104 avenue Jean Lolive 93 500 Pantin, 01 48 46 95 08

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