Etat des lieux du court à Pantin (2) : l’oeil anarchiste et rieur de Jonas Mekas

Né en 1922 en Lituanie, le cinéaste avant-gardiste new-yorkais Jonas Mekas fait l’objet d’un bel hommage au festival Côté court. Considéré comme l’inventeur du journal filmé, il est l’auteur avec son frère d’une oeuvre abondante depuis son arrivée aux Etats-Unis en 1949.

Un premier programme présentait cet après-midi des images du quartier de son enfance prises de 1950 à 2003 dans un film intitulé Williamsburg, Brooklyn qui évoque le destin de tous les immigrés d’Europe qui ont fait l’histoire de la grosse pomme depuis l’après-guerre. Happy birthday to John est aussi un hommage tendre mais lucide sur son ami John Lennon, du début de leur amitié dans les années 70 jusqu’à ce jour où la foule qui s’est pressée à Central Park pour lui rendre un dernier hommage. On y voit, en accéléré, la fine fleur du New York branché, Allen Ginsberg, Andy Warhol, Yoko Ono, etc., assister à l’anniversaire du chanteur, alors que la foule fanatique se presse à l’entrée de son domicile. In between est un collage d’images où l’on voit notamment un pathétique Salvador Dali faire le pitre comme le voulait son statut de surréaliste milliardaire à la fin de sa vie.

Le clou du festival était l’inédit Notes on an american film Director at work: Martin Scorsese, ou le making-of non officiel du film Les infiltrés, avec Matt Damon et Leonardo DiCaprio. Jonas Mekas, ami de Scorsese depuis son premier film Who’s that knocking at my door, a été invité par celui-ci à passer deux semaines sur son tournage et à filmer ce qu’il voulait. Ce journal d’un film est aussi celui d’une belle amitié, du cinéaste d’avant-garde pour son ami devenu l’un des cinéastes de studio les plus rentables, tout en conservant sa qualité d’auteur intransigeant sur le contrôle de ses films. On assiste tout d’abord à ce que cache la plupart des making-ofs, à savoir une leçon de cinéma de la part d’un des plus grands formalistes de l’histoire du cinéma : malgré la lourdeur de 93 jours de tournage, qui en dureront finalement 99, une attention constante de Scorsese envers l’ensemble de ses collaborateurs, du ventoûseur (celui qui dans les tournages retient les badauds) au directeur de la photographie Michael Ballhaus et aux stars, un contrôle de toutes les images depuis le combo, et un ajustement millimétrique des mouvements de caméra souvent classiques (travelling, plans fixes, panormiques, etc.). Au milieu de ça, la caméra navigante de Jonas Mekas capte des moments d’une intense poésie, telle remarque admirative de Martin Sheen sur Scorsese ou lorsque le cinéaste explique qu’il garde toujours de petits haltères à proximité du combo pour se muscler afin de pouvoir soulever sa fille de cinq ans…

Festival Côté court de Pantin, du 10 au 20 juin 2009, www.cotecourt.org, Ciné 104, 104 avenue Jean Lolive 93 500 Pantin, 01 48 46 95 08

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