Belgica de Felix van Groenlingen : le filtre des sorcières

Felix van Groenlingen, le cinéaste de la facture envoyée par la vie pleinement vécue, pousse deux frères prolétaires flamands à la fête dionysiaque emprunte selon Nietzsche de volupté et de cruauté qu’il compare au “filtre des sorcières”.

Un vendeur de voitures d’occasion s’associe à son frère repreneur d’un petit bar, le Belgica, pour en faire un lieu de nuit festif et mélangé, ouvrant comme un concert des Têtes Raides avant de s’embourgeoiser en banale boîte de nuit sélect. La morale scorsesienne avec sa pénible rédemption au bout du chemin nous intéresse beaucoup moins que le talent de Felix van Groenlingen pour faire vivre l’orgie de sons et de corps pris dans l’abîme de la fête et des musiques contemporaines. Le voyage s’accompagne d’une certaine dose d’alcool que le biopouvoir ne nous a heureusement pas encore retiré et de substances illicites pour celles et ceux qui aiment.

Les meilleures fêtes sont celles qui embarquent une bonne part de dérision et un grand éclat de rire face aux limites d’une vie humaine. Felix van Groenlingen flirte étrangement avec le cinéma à message alors que c’est un maître du récit instinctif comme il l’a montré avec Alabama Monroe, de la joie sauvage de l’humaine fratrie à désirer, faire l’amour, danser au Cabaret Tam Tam ou en écoutant David Bowie, raconter des histoires aux enfants… Les sorcières de Macbeth représentent la tentation, pas le poids écrasant du destin. Le filtre n’est pas la fatalité, c’est un ensorcellement, “condition préalable de tout art dramatique” (Nietzsche, Naissance de la tragédie).

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *