Rencontres d’Arles 2015 (5) : Martin Parr et Matthieu Chedid, la bande son du monde affiche complet

La bienheureuse rencontre entre l’ironie et les couleurs vives du photographe britannique Martin Parr et le rock acidulé de Matthieu Chedid dans l’Eglise des frères prêcheurs d’Arles apporte son lot de promesses.

Le musicien utilise un instrument par thème : “Appareil photo, Texte, Animaux”, etc. : la guitare est employée pour l’usage hystérique de l’appareil photo sur les lieux touristiques, le piano berce la mélancolie de la classe ouvrière britannique et la basse donne un air de nonchalance à l’espace lounge situé aux pieds des étudiants anglais privilégiés.

Le risque de la photographie de Martin Parr est d’offrir un support béat au mépris de classe à force de contempler des prolétaires et des classes moyennes dans une position ridicule consistant à dégainer l’appareil photo avant de profiter de l’oeuvre d’art (la série réalisée dans les temples du tourisme moderne, du Louvre au Parthénon, est éloquente) ou du site touristique. L’utilisation d’une seule photographie de la série Luxury dans l’espace de détente où il est beaucoup plus facile de s’identifier à quelques verres et des escarpins posés sur une moquette qu’à des images beaucoup plus violentes de la série (visages et corps refaits dans les champs de course ou les soirées de la haute société) ne résout pas le dilemme. La musique de Mathieu Chedid unifie les espaces de l’exposition en créant la bande son du film d’un monde où l’humanité a pris tellement de place qu’elle occupe tout le cadre. La musique qu’Aldo Ciccolini considérait comme “plus parfaite que Dieu” invite à trouver une place mentale dans un monde qui affiche complet.

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