Rencontres d’Arles 2015 (3) : Walker Evans, la mélancolie des humbles

L’émotion procurée par l’exposition consacrée à l’oeuvre imprimée de Walker Evans (1903-1975), plus connue pour son travail de documentariste de la Grande dépression aux côtés de Dorothea Lange, vient de son acharnement à laisser une trace de ce que le monde est prêt à unifier ou oublier dans un souci d’unité. Son objectif s’attarde sur l’élégance des marques de logistique du transport ferroviaire appelées à disparaître sous l’effet de la concentration : “lorsque nous ne pourrons plus apercevoir le génial logo chinois rouge et noir du ying et yang de la Northern Pacific, alors un monde entier d’associations précieuses aura été détruit. L’impiété ne pourrait aller plus loin.”

L’exposition associée à celle de Walker Evans au Musée départemental d’Arles Antique consacrée à la représentation du Sphinx du Caire en photographie des premiers clichés à nos jours est emblématique de l’affadissement du réel depuis qu’il est mis en concurrence par la photographie : un gouffre sépare l’extase de Gustave Flaubert (“la vue du sphinx a été l’une des voluptés les plus vertigineuses de la vie”) de l’ennui de Simone de Beauvoir qui considérait que sa surprise était atténuée par les nombreuses reproductions photographiques du monument qu’elle avait précédemment visionnées.

Walker Evans s’est acharné à photographier l’envers du Sphinx, ceux et ce que personne ou presque n’a voulu voir. C’est aussi le sens de l’énigme du Sphinx au buste de femme, au corps de chats et aux ailes d’oiseau à Oedipe : l’homme à trois jambes sera le dernier.

Rencontres d’Arles 2015, jusqu’au 20 septembre

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