Les rencontres d’Arles 2015 : John Malkovich par Sandro Miller, éloge de l’Idiot

Le travail de caméléon de l’acteur John Malkovich pour son ami photographe Sandro Miller sous forme de rappel des clichés iconiques de l’histoire de la photographie au XXe siècle de Dorothea Lange à Diane Arbus et Robert Mapplethorpe relèverait de la blague de potache si le kitsch du projet (laisser l’acteur rejouer les poses les plus célèbres de Marilyn Monroe, de Che Guevara, Einstein, Truman Capote…) n’était compensé par le cadre enchanteur de l’Abbaye de Montmajour et les choix du duo pour élever le rôle de l’Idiot au rang d’invité d’honneur du monde contemporain.

L’idiot n’est pas le bouffon hérité de Shakespeare chargé de descendre les puissants de leur piédestal. Le personnage inventé par Dostoïevski dans son roman homonyme, est chargé dans un monde policé par le vernis de la civilisation, de dire à chacun exactement ce qu’il pense d’eux, au point de provoquer un scandale permanent qui force ses interlocuteurs à dire leur vérité : “vous vivez comme un porc, je vous admire, je vous aime, je désire un enfant de vous…” Sandro Miller et Malkovich réactivent l’esprit du romancier russe par ce projet qui est beaucoup moins un “hommage aux grands maîtres de la photographie” comme le laisse penser le sage titre de l’exposition qu’un grand éclat de rire face aux icônes de notre temps.

La position d’un autoportrait de Warhol et du Piss Christ de Serrano, au coeur des bâtiments adjacents du cloître d’une abbaye du XIIe siècle appuie sur la dimension ironique et provocante du projet. La ressemblance de certaines photographies avec l’original a beaucoup moins d’intérêt que le malaise généré par certaines poses de l’acteur singeant Marilyn ou les jumelles de Diane Arbus, sondant ad nauseam la fascination de notre temps pour l’érotisme et la monstruosité.

Rencontres d’Arles 2015, jusqu’au 20 septembre 2015

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