Caprice d’Emmanuel Mouret au ciné 104 : le festin de bouche

L’immense plaisir pris au spectacle de Caprice vient tout d’abord de la débauche de jouissance si particulière des personnages interprétés par Virginie Efira, Anaïs Demoustier, Laurent Stocker, Emmanuel Mouret lui-même et d’autres, pur plaisir du texte qui supporte tout ce que le commerce des corps épuise en matière d’amour, d’amitié, de désir ou de transmission.

Il y est question d’un instituteur interprété par le gauche personnage inventé dans un court-métrage par Emmanuel Mouret et réservé à ses propres films, empêtré avec son fils plongé dans ses livres, écartelé entre l’amour pour une actrice star (Virginie Efira toute de tendresse et de mélancolie) et la Caprice du titre (Anaïs Demoustier), amoureuse envahissante qui fait dire à un personnage que “c’est terrible d’être le rêve d’une femme, on est sûr de la décevoir”. L’instituteur se retrouve par hasard à garder le neveu (nommé Jacky Evrard, tout un programme) de la star dans le quartier de la Tour Eiffel et à entrer dans sa vie peuplée de gens sophistiqués qu’il salue avec autant d’attention que la femme de ménage du théâtre où travaille la star.

Emmanuel Mouret donne le meilleur de lui-même lorsque sa fantaisie est totalement jouie, de la lumière de Laurent Desmet qui parsème l’image de lumières qui capturent la silhouette de Virginie Efira en ombres chinoises aux comédiens qui épousent le texte et les méandres de ses marivaudages, en passant par la musique du jazzeux Giovanni Mirabassi qui woodyallenise le ton de cet univers de sympathiques intellectuels qui résistent à la violence du monde environnant en se moquant des certitudes des hommes et de l’élasticité des corps et des coeurs, Anaïs Demoustier s’invitant comme maîtresse de cet enfant gâté qui rend tout le monde malheureux.

Le cinéastes a laissé le scénario maturer plusieurs années avant de trouver l’issue de cette histoire d’amours croisés délicate comme toute histoire qui embarque des coeurs d’adultes et des enfants. Où le corps aimé est celui qui s’accorde le mieux à la jouissance des yeux et de la bouche.

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