L’astragale de Brigitte Sy d’après Albertine Sarrazin : l’amour en cage

La tendresse au pouvoir, ça n’exclut pas les coups de griffe et les songes rongeurs de son homme ou de sa belle dans les bras d’un ou d’une autre et Brigitte Sy adapte avec tendresse, intelligence et mélancolie le roman furieux d’amour d’Albertine Sarrazin, enfant “hispano-mauresque” abandonnée à Alger, élevée par un couple dont le père médecin militaire la placera en maison de correction, début du cycle du vol et de la zonzon jusqu’à une terrible erreur sur le billard qui allait l’emporter à 29 ans.

Albertine et Julien, amoureux griffés par les coups et les passages en cabane, sont portés de manière lumineuse par Leïla Bekhti et Reda Kateb, elle avec ses grands yeux noirs à l’éclat vivifié par ses pommettes hautes et lui avec son air de prolétaire doux, unique dans le cinéma français qui filme surtout l’Odyssée des bourgeois parisiens.

Le cinéma de Brigitte Sy, piégé par la mélancolie de la Nouvelle Vague jusqu’à un acteur emprunté à Thierry Garrel qui ressemble franchement à Jean-Pierre Léaud (parrain de Louis Garrel, etc.), filme merveilleusement ce martyr d’une femme amoureuse des années 50 prête à mordre et à tuer pour avoir le droit d’aimer son homme et d’écrire. Elle a le talent pour les scènes de couple et de famille, de la petite coco qui s’insère dans le monde des grands, de la régulière de Julien qui s’inquiète de ce que “Monsieur désire ?” alors que ce dernier cherche une ligne de fuite, de l’impatience de l’amoureuse toutes griffes dehors pour vivre son histoire à pleines dents. Pauvre Albertine, qui n’a pas eu la chance de la patience des corps.

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