Dear white people de Justin Simien : suivez mon panache noir

L’extension du domaine du racisme, de ceux qui affichent leur ami autre pour prouver qu’ils ne le sont pas, à ceux qui mettent leurs saillies racistes au nom de la liberté d’expression et de la lutte contre la censure (la fameuse phrase : “on n’a plus rien le droit de dire aujourd’hui) impose de trouver de nouvelles voies pour frotter le spectateur à la délicate question de l’autre dont la plupart des hommes se passent très bien.

Justin Simien secoue le cocotier dans une prestigieuse université imaginaire de l’Ivy League (le carré des universités de l’élite américaine dans le Nord-est des Etats-Unis) avec son agitateuse anarchiste Samanta White (sic), qui milite pour réserver sa résidence aux noirs victimes de racisme dans les autres résidences (les blancs viennent y manger parce que c’est la seule résidence où l’on peut manger “à la fois un burger et des gaufres”, réclame son cunnilingus quotidien à son petit ami blanc, pleure en recevant les appels de sa mère noire sur la maladie de son père blanc et s’agite en souterrain pour mettre à jour le racisme latent d’une partie de l’élite blanche de sa fac.

Le cinéaste a la goût de la punchline typique du cinéma de Judd Apatow, de la citation permanente (Robert Altman, Ingrid Bergman…) à la manière de Woody Allen et de l’étendard du Black is beautiful de James Brown à Spike Lee. C’est l’aspect le plus impressionnant du film de montrer à quel point la culture noire urbaine (sport, sportswear, coiffures, tics de langage…) est devenue ce qui se fait de plus sensuel au sein de l’université américaine contemporaine, quand bien même les noirs et métisses souffrent de préjugés racistes dans le monde du travail. Le montage de Phillip J. Bartell joue en permanence du choc entre l’hyper sensualité de la culture noire (un jeune intellectuel noir parle de ses cheveux comme “un trou noir pour mains blanches) et le monde un peu triste des étudiants blancs. L’ode assez banal au métissage atténue la portée du propos qui fait en trente secondes l’éloge des anarchistes creusant en souterrain le lit des préjugés. C’est pourtant à cet inframonde fier et bouillonnant qu’appartient ce film tant qu’il est mal poli, mal peigné et honni soit qui mal y pense.

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