Un homme très recherché d’Anton Corbijn : la construction du terroriste

Un personnage bien commode est devenu familier du paysage politique et médiatique des démocraties occidentales depuis 2001, le djihadiste international, venu à point nommé relayer l’essoufflement du tueur en série, qui avait lui-même pris le relais du Russe à la chute du mur de Berlin.

Un homme très recherché est un film trop figé dans une esthétique post-moderne (l’homme errant seul dans la ville moderne) pour élever le propos, surtout avec cette curieuse manière de filmer des Allemands s’exprimer avec l’anglais américain international. Le film se voit surtout pour le dernier premier rôle de Philip Seymour Hoffman, filmé au bout de la foi en l’homme en espion allemand désabusé traquant une filière de financement du djihadisme et un Tchétchène en quête de refuge dans les rues de Hambourg, ville qui constituait la base de plusieurs membres qui ont détourné deux avions sur le World Trade Center. C’est un immense plaisir de voir l’un des plus grands comédiens du cinéma contemporain, laquais onaniste dans The big Lebowski, écrivain homosexuel exubérant dans Truman Capote et chef de secte pathétique dans son dernier grand film, The master, tenir tête aux services allemands et américains pour défendre sa vision de la défense de la société sans condamner d’avance ses cibles.

Anton Corbijn, grand photographe noir et blanc, n’a pas le goût pour la politique de Tomas Alfredson qui élevait La taupe au rang de chef d’oeuvre sur le même thème délicat de la défense de la démocratie. Le cinéaste fait beaucoup trop d’effort pour démontrer l’humanisme du Tchétchène qui ne sait pas quoi faire de l’embarrassante fortune léguée par son père pro-russe détesté et nous livre une sociologie de café du commerce sur les motivations d’une avocate de gauche (par ailleurs bien interprétée par Rachel McAdams).

C’est en lisant l’excellent roman L’intégriste malgré lui de Mohsin Hamid ou l’article de Peter Harling dans Le monde diplomatique du mois de septembre sur la situation de la Syrie et de l’Irak que l’on se rend compte du chemin qui reste à parcourir pour promouvoir une vision moins naïve de ce qui pousse des jeunes gens, dont certains grandissent dans le confort occidental en manque de valeurs, vers les ténèbres du djihadisme. Zero Dark Thirty filmait des barbares souriants en lutte contre la barbarie. Le récit de John Le Carré réserve comme d’habitude un savant jeu de poupées russes où le chat finira par se faire manger par la souris dans un pénible dernier plan sur un feu rouge, preuve de l’engouement un peu vain des cinéastes contemporains pour les panneaux de signalisation (Tom à la ferme se terminait par un feu vert… Il reste encore les panneaux “interdiction de stationner” pour un film sur le coureur de fond Yohann Diniz et “priorité à droite” sur le retour de l’ancien président dans la course au pouvoir).

UN HOMME TRES RECHERCHE – Bande-annonce VO par CoteCine

 

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