L’institutrice de Nadav Lapid : aux accoucheuses

Qu’une civilisation se soutienne de mal rémunérer et considérer les maîtres d’école et les sages-femmes en dit long sur sa fragilité. Le cinéaste israélien Nadav Lapid choisit une institutrice pour incarner la colère contre la militarisation de sa société, qui est aussi la nôtre dès lors que les gouvernements rêvent de bombardement pour oublier leurs défauts.

Reste que “ce qui demeure, les poètes le fondent” (Hölderlin) de Platon plus fort que Périclès, Ovide que César, François Rabelais que Henri II, Rimbaud que Napoléon III… et même Napoléon le Premier serait relégué au Musée des Invalides s’il n’avait inspiré Hegel, Stendhal, Tolstoï ou Jacques-Louis David. Dans L’institutrice, le poète Yoav est un petit garçon dans la lune de quatre ans. Il éblouit sa maîtresse qui s’amourache du garçon pour oublier ses frustrations, ses enfants qui rêvent de carrière dans l’armée et sa vie d’épouse rangée qui doit de temps en temps accueillir les érections de son mâle. L’institutrice recueille les poèmes du petit garçon qu’elle rêve de faire publier.

Le cinéaste mène avec son extraordinaire comédienne Sarit Larry le récit à la lisière du dérangement causé par cette histoire d’amour impossible et le bonheur triste de la normalité à crédit. Au-delà du polar un peu attendu sur les routes du Sinaï, il impressionne chaque fois qu’il resserre son cadre sur la maîtresse d’école faisant violence à l’enfant pour qu’il accouche sa poésie. Cette violence amoureuse est la trace la plus manifeste de poésie dans le film.

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