Métamorphoses de Christophe Honoré : la contiguïté des mondes

Christophe Honoré rêve d’une Europe païenne (Amira Akili), métissée de Méditerranée, se baignant nue dans l’eau, libérée du péché et des promesses illusoires des faux prophètes. L’adaptation des Métamorphoses d’Ovide est un exercice cruel tant le spectateur contemporain manque des références qui ont accompagné la plupart des esprits éclairés du siècle du Christ jusqu’au début du XXe siècle, et dont l’histoire est déroulée dans le long poème que le poète rêvait immortel : Jupiter, Europe, Narcisse, Icare, Orphée et Eurydice… Il suffit de visiter l’aile Nicolas Poussin du Louvre avec la conférencière France Paulin pour se rendre compte du gouffre qui nous sépare des générations d’avant le déferlement de la culture pop.

Le cinéaste a fait un choix drastique dans les 231 histoires de métamorphose qui composent l’oeuvre. La coupe retient les amours de Jupiter et Europe qui relie les histoires de métamorphose d’hommes et dieux en animaux, végétaux, minéraux… Orphée porte le discours de Pythagore sur la résurrection de l’âme, quitte à se faire virer d’une cité par de jeunes voyous dans une scène bien maladroite où des bobos blancs bien élevés sont chassés par de jeunes arabes en colère. Le cinéaste n’est pas à une provocation près avec un couple qui fait l’amour sur le tapis d’une mosquée et un Tirésias arabe qui fut homme et femme et confirme à Junon que c’est sous cette dernière forme qu’il a joui le pus intensément. Le cinéaste qui préfère la beauté masculine peine toutefois à présenter la vigueur et la part de mystère d’une femme qui s’abandonne à l’orgasme.

Ce cinéma païen est très marqué par les audaces d’Alain Guiraudie (presque tous les acteurs jouent nu) et les spirales de Kechiche (tous les visages de la France contemporaine s’embouchent ou s’empoignent), auxquelles s’ajoute le goût de Christophe Honoré pour l’ambivalence. La vision généreuse du cinéaste est indispensable dans un pays dont certaines âmes versent dans l’abjection lorsqu’une jeune femme née au Maroc est nommée Ministre de l’Education Nationale. Le cinéma appelle des mythes contemporains plus puissants pour créer des figures indéboulonnables face à la barbarie.

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