La Folle Journée Bach à Nantes : à quoi pense un pianiste ?

Il y a deux types de stratégies lorsque vous entrez dans un concert de piano. Les mélomanes se placent à gauche de l’instrument pour voir les mains (ou, à défaut de chance, le dos) de l’artiste. Les cinéphiles se placent à droite, pour voir le visage d’icelui.

Les concerts des clavecinistes Ton Koopman (l’élégance incarnée) et Pierre Hantaï (un cousin de Charlie Chaplin) organisés ce samedi 31 janvier dans le cadre de la Folle Journée Bach donnaient beaucoup d’idées sur ce à quoi pouvaient penser les beaux visages graves et amusés de ces grands artistes : une moue pour un spectateur qui tousse avec un peu trop d’ostentation, une concentration pour un passage plus aigu, un sourire pour une pensée secrète, etc. Heureusement, les cinéastes nous ont concocté quelques admirables portraits de pianistes qui permet de mieux connaître leur psyché.

– les compromis de la vie d’artiste : Honneur à la Truffe, Tirez sur le pianiste dresse le portrait d’un ex-pianiste classique renommé, interprété par Charles Aznavour, qui a tout quitté pour devenir pianiste de bar après que sa femme lui ait avoué qu’elle avait couché avec son agent pour lui permettre de démarrer dans le métier.

– la survie : le Palestinien traducteur des Mille et une nuits dans Munich de Spielberg affirme qu’il existe un lien entre la littérature et la survie. De la même manière, les films Le pianiste de Polanski (avec Adrian Brody) et La pianiste de Haneke (avec Isabelle Huppert) traitent de la manière dont la musique est essentielle pour survivre, dans le premier cas pour résister à la barbarie des Nazis, dans le second pour continuer à croire que notre monde vaut la peine d’être vécu.

– les contradictions du coeur humain : la musique n’adoucit pas toujours les moeurs, et de nombreux amateurs de Bach ou Schubert se sont complus dans le Nazisme. Douglas Sirk dresse le terrifiant portrait d’un pianiste dans Le temps d’aimer, le temps de mourir, amoureux de musique classique qui explique sans émotion comment il a perfectionné la technique pour brûler des corps sur le front de l’Est.

– l’union des sentiments et de la musique : Infidèlement vôtre de Preston Sturges est une comédie hilarante dans laquelle les sentiments d’un chef d’orchestre (et non d’un pianiste, désolé) envers sa femme évoluent au fil de la symphonie qu’il dirige: il voit son épouse tour à tour amoureuse, joueuse, voire carrément adultère.

– l’union des coeurs et des âmes : c’est une partition musicale qui unit Françoise Dorléac et Gene Kelly dans Les demoiselles de Rochefort, preuve que la musique est la langue la plus proche de l’âme.

Sur ce, les pianistes Zhu Xiao Mei et Anne Queffelec m’attendent, alors bon dimanche !

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