Espion(s) : la soif de surveillance

Espion(s) - Guillaume Canet et Géraldine Pailhas

La trilogie Jason Bourne (La mémoire dans la peau, etc.), dont l’influence est autant marquante dans Espion(s) que le cinéma d’Hitchcock, a familiarisé le public avec le personnage de l’espion, qui avait quasiment disparu des écrans depuis la chute du Mur de Berlin, en répondant à la passion grandissante du public pour la théorie selon laquelle le monde serait dirigé par des forces occultes qui échappent au jeu de la démocratie.

Vincent, interprété par Guillaume Canet, est un bagagiste d’Orly qui fouille dans les valises des voyageurs jusqu’au jour où son collègue s’enflamme et décède, après avoir ouvert un parfum dans la valise d’un diplomate Syrien. Il est alors recruté par la DST qui le confie aux services secrets britanniques (le MI5) pour suivre le propriétaire de la valise, un homme d’affaires londonien dont la femme Claire, interprétée par Géraldine Pailhas, n’est pas insensible au charme du jeune homme. Les services secrets demandent alors à Guillaume Canet de séduire cette femme.

Espion(s) de Nicolas Saada est le film d’une époque de surveillance généralisée, où l’on peut suivre un individu à la trace, par sa carte bancaire, son titre de transport, son téléphone portable ou les messages qu’il laisse dans des sites communautaires ou de rencontres. Le réalisme des filatures importe finalement moins que la jubilation adolescence de ce jeune homme interprété avec beaucoup de talent par Guillaume Canet, cet ancien étudiant promis à une carrière brillante avant d’être condamné pour trafic de passeports à Hong-Kong, qui suit Géraldine Pailhas, la séduit, puis mène sa propre enquête en se moquant des recommandations du MI5. « Je connais l’adresse, je vous ai suivie », dit Vincent à Claire lorsqu’elle l’invite à dîner, comme si l’amour n’était qu’une version bon marché de l’espionnage.

La fin est inutilement spectaculaire car les effets spéciaux numériques bon marché sont moins efficaces qu’une ellipse, mais Nicolas Saada semble dire qu’une histoire d’amour nait véritablement de l’égalité du regard, même trop tard, lorsque la séduction s’affranchit des mécanismes de contrôle et de surveillance.

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