Parc d’Arnaud des Pallières : logiques d’extermination dans l’ultra-libéralisme

Parc - Sergi Lopez et Nathalie Richard

La rencontre organisée hier soir après la projection de Parc d’Arnaud des Pallières en présence du réalisateur, du producteur Serge Lalou et du critique du Monde Jacques Mandelbaum au MK2 Beaubourg a mis à jour l’injustice d’un système de distribution qui condamne de beaux films comme celui-ci à se retrouver trop rapidement privés de salles, avant d’entamer une autre carrière plus fructueuse avec le DVD.

Parc, d’après le roman Les lumières de Bullet Park de John Cheever, a pourtant de quoi saisir un large public avec sa manière d’utiliser des éléments du cinéma de genre pour mieux mettre à jour les désordres de notre société, comme chez David Cronenberg, Gus Van Sant ou David Lynch. Soit le couple Clou, la divine Nathalie Richard et Sergi Lopez, bourgeois satisfaits isolés dans une résidence pour ultra-riches de la Côte-d’Azur. Jean-Marc Barr, leur voisin, entreprend le projet de crucifier leur fils pour purifier le monde.

Il y a quelques mois, Martyrs de Pascal Laugier racontait avec beaucoup de talent, à la manière d’un film d’horreur, la manière dont des grands bourgeois dégénérés martyrisaient deux jeunes femmes. Dans Parc, Geraldine Chaplin, la mère de Jean-Marc Barr dans le film, Française expatriée à l’étranger, peut-être en Suisse, personnifie à elle-seule les deux principales phobies d’une partie de la grande bourgeoisie occidentale : l’impôt et le métissage. Les deux films ont pareillement dérangé même s’ils n’ont pas été vus par les mêmes publics, probablement choqués par la représentation de la logique d’extermination de l’ultralibéralisme économique et politique.

Dans Parc, les paysages américanisés de la Côte d’Azur, la lumière légèrement bleutée de Jeanne Lapoirie (l’impressionnante chef-opératrice de nombreux films d’André Téchiné et François Ozon) et les comédiens contribuent à renforcer le mystère envoûtant du beau film d’Arnaud des Pallières. Lorsque les deux héros s’unissent dans une scène qui fera date dans l’histoire du cinéma, Arnaud des Pallières rappelle simplement ce qui unit parfois, entre autres, deux comédiens, un réalisateur, une chef-opératrice et un ingénieur du son dans une même pièce : l’amour.

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