Les noces rebelles : le conformisme est-il inéluctable ?

Les Noces rebelles - Leonardo DiCaprio et Kate Winslet

Dès la première scène, où l’aspirante actrice interprétée par Kate Winslet pousse le jeune Frank Wheeler (Leonardo DiCaprio), dépourvu d’ambition, dans ses retranchements, le film insiste sur l’obsession de toutes les grandes villes : la tyrannie du projet. Car c’est bien le projet d’aller vivre à Paris qui fait croire à ce jeune couple installé confortablement en banlieue qu’il pourrait changer de vie.

Les noces rebelles (Revolution Road) est un beau film triste sur le ballet des promotions professionnelles et sociales qui permettent de renoncer aux idéaux : la montée en grade, l’anniversaire des enfants, l’amitié des voisins (dont la toujours époustouflante Kathy Bates), la maîtresse de Monsieur, l’amant de Madame, etc.  Seules les situations trop stéréotypées de la première partie du film diminuent légèrement la gravité de cet univers carcéral, où comme dans les drames shakespeariens, la vérité sort de la bouche d’un fou, en l’occurrence un schizophrène accueilli avec générosité par le jeune couple dont les voisins vantent l’originalité, alors que cet énergumène va précipiter leur crise.

Mais l’argument majeur du film de Sam Mendes, la reconstitution du couple de Titanic, fonctionne dès les premières minutes du film où les amants enlacés ravissent les admirateurs du film de James Cameron. Leonardo DiCaprio est utilisé à contre-emploi des rôles de jeune chien fou que lui ont offert Steven Spielberg ou Martin Scorsese pour camper un idéaliste qui se résigne à accepter que son plus grand talent consiste à inventer des messages commerciaux. Kate Winslet, embellie par la mise en scène amoureuse de Sam Mendes et superbement éclairée par Roger Deakins, le chef opérateur habituel des Frères Coen, offre une grande performance de femme dont la liberté dérange son entourage qui voudrait l’enfermer, en cousine de l’Ingrid Bergman d’Europa 51.

En un sens, Les noces rebelles est un thriller sociologique, où le poids de la société est suffisant pour écraser les âmes rebelles. Richard Yates, l’auteur du roman dont est tiré le film, souhaitait condamner le conformisme et le délire sécuritaire de l’Amérique des années 50. Le titre faisait référence aux idéaux de la Révolution de 1776, comme si l’anticonformisme était la seule manière de sauver son pays.

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