Comment le cinéma a préparé l’élection d’Obama, et la représentation de la diversité en France

Morgan Freeman - Se7en

Manhola Dargis et A.O. Scott remarquent dans l’article How the movies made a President paru le 16 janvier dans le New York Times que l’élection de Barack Obama a été préparée par cinquante ans de films américains qui ont affirmé la place des Noirs dans la société, en passant du Monsieur tout le monde noir avec Sidney Poitier dans les années 50, au noir gangster avec la Blaxpoitation dans les années 60, au noir Provocateur dans les années 70 avec le one-management-show Richard Pryor qui attirait des foules de Blancs dont Hanif Kureishi dirait qu’elles avaient « le ventre tordu par la culpabilité »,  au Père noir avec Bing Cosby dans les années 80 jusqu’à Morgan Freeman, puis au Messie noir avec Will Smith dans les années 2000.

Cette évolution donne une idée du chemin parcouru par l’image des Noirs, qui avait commencé très bas puisque le film originel du cinéma américain, Naissance d’une Nation de David W. Griffith en 1915, présentait les Noirs comme la source de tous les maux de l’Amérique. Elle tend aussi un miroir à toutes les cinématographies pour la place qu’elles accordent à la diversité, en particulier en France où les comédiens du Maghreb et d’Afrique Noire ont souvent du mal à échapper aux rôles stéréotypés, même si la situation change progressivement.

Smaïn a ouvert la voie dans les années 80, en imposant le Monsieur tout le monde maghrébin, comme Zinédine Soualem dans les films de Cédric Klapisch. Samy Nacéri a joué le loubard dans la série des Taxi, Jamel Debbouze a tenu le rôle de provocateur à la fin des années 90, avant de devenir un héros dans Indigènes de Rachid Bouchareb qui met en scène de véritables héros de la Libération de la France en 2006 avec Roschdy Zem et Sami Bouajila.

En France, la représentation des Noirs n’a pas encore dépassé le Monsieur tout le monde avec Pascal Légitimus, d’origine antillaise, le gangster avec Hubert Koundé dans La haine, et le provocateur avec Omar Sy aujourd’hui. Et puis à quand le rôle du Père, du Messie… et surtout de la mère maghrébins ? Car si plusieurs noirs américains et maghrébins rivalisent pour la vedette, un boulevard semble désormais ouvert aux comédiennes noires, d’origine maghrébine ou asiatique pour imposer, si la société est prête à les accepter, les nouveaux regards et défis de demain.

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