L’importance du cinéma populaire d’Indiana Jones à Slumdog Millionaire

Slumdog Millionaire

Le triomphe public de Slumdog Millionaire, film de Danny Boyle consacré aux aventures d’un enfant indien des bidonvilles de Mumbaï, annonce une nouvelle étape du cinéma populaire, comme avant lui, pour s’en tenir aux trente dernières années et à des films incompris par la critique avant d’être reconnus comme importants, Indiana Jones, Titanic ou Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. Les critiques mitigées du film en France révèlent une nouvelle fois l’un des principaux défauts de la cinéphilie française, qui oppose trop souvent cinéma populaire et cinéma d’art et d’essai.

Steven Spielberg, James Cameron, Jean-Pierre Jeunet ou Danny Boyle sont autant des auteurs que Woody Allen, Pedro Almodovar, François Ozon ou Ken Loach. Simplement, le cinéma populaire fait le pari de la joie, quand le cinéma d’art et d’essai fait celui du sens tragique de la vie. Le happy ending du premier est une politesse du réalisateur vis-à-vis du spectateur, mais il ne doit pas laisser croire que la forme du film populaire est moins complexe que celle du film d’art. En effet, les explorations de Steven Spielberg en matière de burlesque, de James Cameron en machinerie, de Jean-Pierre Jeunet en fantaisie ou de Danny Boyle en dépaysement sont aussi importantes que bien des recherches artistiques entreprises dans le cinéma depuis trente ans par le cinéma d’art.

Indiana Jones réintroduit le burlesque en 1981 dans le cinéma, après l’épuisement du public vis-à-vis des grandes questions humaines débattues par le cinéma des années 60 et 70 : la reproduction sociale (Le Parrain), l’inhumanité de la guerre (Apocalypse now, Voyage au bout de l’enfer), la solitude et les frustrations dans les grandes villes (Taxi Driver), etc. Indiana Jones est l’héritier direct de Charlot et de l’humour tarte à la crème, qui permet au spectateur de rire du miroir qui lui est tendu par le réalisateur. Et cette forme distrayante permet en retour d’évoquer des sujets aussi graves ou sérieux que le nazisme, l’archéologie, la bureaucratie (le dernier plan d’Indiana Jones), etc.

Titanic de James Cameron représente pour le moment le sommet atteint par le réalisateur américain dans le domaine de la machinerie, dont Terminator et Total Recall ont préalablement ouvert la voie. La focalisation des moyens technologiques et humains sur le bateau en fait le personnage le plus important du film, avec sa manière de ployer, grincer, rugir, agoniser avant de s’enfoncer au fond des abîmes. L’allusion à certains plans du Cuirassé Potemkine d’Eisenstein prouve dans quelle perspective s’inscrit le réalisateur. Bien sûr, l’homme sort victorieux de sa bataille contre les machines, mais la lutte sera de plus en plus dure.

Le fabuleux destin d’Amélie Poulain consacre en 2001 une valeur sûre du cinéma français : la fantaisie du quotidien. Mais Jean-Pierre Jeunet éclate le cadre du film populaire, qui réunit deux destins contrariés, en faisant de son héroïne un metteur en scène du bonheur des autres. Le cœur du film est le stratagème par lequel Audrey Tautou bouleverse le quotidien de tous ceux qu’elle rencontre, selon un dispositif dont l’influence se ressent encore cette année dans Les plages d’Agnès, qui relève pourtant du cinéma d’art et d’essai.

Enfin, Slumdog est le premier succès du cinéma international à filmer des comédiens inconnus d’un pays non occidental, en l’occurrence une ancienne colonie britannique devenue l’une des premières économies mondiales, l’Inde. La colonisation était déjà au cœur du film qui révéla Danny Boyle, Trainspotting, dont les héros Ecossais se plaignaient d’avoir été colonisés par les Anglais. Nul doute que le regard admiratif porté par Danny Boyle sur le courage et la débrouillardise du petit Jamal constituera une nouvelle date du cinéma populaire, en donnant la voix de manière non condescendante à des personnes qui n’avaient pas jusqu’à présent parole au cinéma. Le triomphe du film donnera vraisemblablement naissance à des Slumdog au Maroc, en Argentine ou au Vietnam. Ces films n’auront pas tous la fraîcheur du film de Danny Boyle, mais du moins verra-t-on du pays.

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