Slumdog Millionaire : qui rattrapera l’Inde ?

Slumdog Millionaire - Freida PintoLa surmédiatisation de la Chine en 2008 pour cause de mouvements d’autonomie au Tibet et de Jeux Olympiques a momentanément détourné l’attention de l’Inde, ce grand pays qui attire les plus grandes sociétés de haute technologie européennes et américaines, forme davantage d’ingénieurs que toute l’Europe, connait régulièrement des troubles religieux qui peuvent faire plusieurs dizaines de morts, et fait l’objet d’un très beau film de Danny Boyle, une sorte de Bollywood rock’n roll : Slumdog Millionaire.

Du cinéma bollywoodien, Slumdog garde la formidable énergie, l’humour et la structure de conte de fée, en ancrant davantage le film dans le quotidien des plus pauvres : enfer des bidonvilles, trafic d’enfants condamnés à la mendicité, police corrompue par les puissants, massacres de Musulmans par les Hindous, etc. Danny Boyle a gardé de ses premiers films (Trainspotting, La plage) le goût pour les histoires déconstruites, les angles recherchés et le montage rapide. Ces trois dimensions épousent parfaitement les bouleversements incroyables que l’Inde est en train de vivre, où des bidonvilles laissent la place à des quartiers d’affaires et de haute technologie en l’espace de quelques mois.

Le cinéaste refuse cependant le misérabilisme, s’appuyant sur la rage de vivre et de vaincre de deux enfants des bidonvilles, Jamal Malik (« Beau Roi » en arabe) et son frère, dont le premier participe à l’âge adulte à un jeu télévisé pour reconquérir le cœur de la belle Latikah, spectatrice de l’émission. C’est surtout le parcours qui mène aux bonnes réponses de ce joueur chanceux qui intéresse le cinéaste. Ce système de correspondance entre l’expérience du héros et son savoir est la plus belle découverte du film car elle célèbre l’importance de l’expérience du corps sur toutes les autres. Et il peut tout le corps de ce pauvre Jamal, martyrisé dans les fosses à merde, battu par les policiers, mais aussi sauvé en permanence par une idée fixe.

Slumdog Millionaire est un grand film populaire en ce qu’il célèbre le Système D, l’amour et la chance. Son succès public et critique (triomphe aux Etats-Unis malgré l’absence de stars, 4 Golden Globes) permet de prédire qu’il aura sans doute la même influence sur le cinéma populaire qu’Indiana Jones et les aventuriers de l’Arche perdue et Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, en introduisant un nouveau changement de paradigme.

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