Claude Berri et ma première image de cinéma

Ensemble, c'est tout - Claude Berri et Audrey Tautou

Il y a probablement une image que l’on ne cesse de vouloir retrouver au cinéma, comme telle sensation du premier amour. Si cette image existe, alors elle se trouve pour moi dans Manon des sources, lorsque la veille aveugle Delphine apprend à Yves Montand que l’enfant qu’il a eu de Florette « était bossu ». Je n’ai pas de souvenir de la perte de la foi en le père noël, mais je me souviens très bien d’avoir compris à neuf ans, puis après, en revoyant plus de cent fois cette scène, qu’un homme pouvait tuer son fils par erreur, bêtise, jalousie ou frustration, et qu’un petit fait divers de campagne pouvait refermer une tragédie grecque.

Manon des sources de Claude Berri, d’après Marcel Pagnol, n’a pas bonne presse auprès de la critique cinématographique française, alors qu’il est célébré comme un classique à l’étranger, notamment dans cette passionnante somme consacrée par le British Film Institute au cinéma, The Cinema Book, qui soutien que ce film « inventa » en un sens la Provence, comme Lawrence d’Arabie « inventa » le désert, comme si l’on ne pouvait plus voir la Provence que par le prisme de Claude Berri, ou le désert par le prisme de David Lean.

Ce fils d’un fourreur juif parisien a souvent réalisé des histoires d’amour manquées entre des pères et des fils : Le vieil homme et l’enfant, Tchao Pantin, Manon des sources, etc. De la réalisation du Vieil homme et l’enfant en 1966, qui raconte l’histoire d’un vieil antisémite interprété par Michel Simon, qui se prend d’amitié pour l’enfant juif qu’il recueille pendant la guerre sans connaître son identité, à la production en 2007 de La graine et le mulet d’Abdellatif Kechiche, qui raconte la mort d’un vieux Tunisien, terrassé par une crise cardiaque au pied d’une tour HLM de Sète, Claude Berri aura donné mille clés au spectateur pour percevoir et comprendre le monde.

Claude Berri nous quitte après une année au cours de laquelle il porta en tant que producteur le plus grand succès du cinéma français depuis la seconde guerre mondiale avec Bienvenue chez les Ch’tis de Dany Boon, et le plus important succès critique de l’année avec La graine et le mulet d’Abdellatif Kechiche, César du meilleur film 2008. Si la mort ne peut être douce pour personne, du moins chacun peut-il espérer une aussi prestigieuse sortie.

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