Voir un film de Jacques Tourneur avant de mourir

VaudouLe cinéaste Jacques Tourneur (1904-1977), le seul cinéaste français à avoir véritablement fait carrière à Hollywood des années 40 à la fin des années 50, croyait aux esprits, aux tables tournantes et à la coexistence de plusieurs mondes parallèles où évoluent les morts et les vivants. Son œuvre peuplée de créatures fantastiques, de femmes courageuses et de héros désabusés, qui fait l’objet d’un cycle à l’Action Christine, est salutaire à une époque qui consacre l’échec de la raison.

Le cinéaste fait l’objet d’un véritable culte auprès de certains cercles cinéphiles, notamment l’Américain Martin Scorsese qui en fait l’exemple des « contrebandiers » qui ont détourné le système hollywoodien à leur profit, comme Samuel Fuller ou John Cassavetes.

Jacques Tourneur invente avec La Féline en 1942 (projeté le 12 janvier) un style marqué par la suggestion à l’époque où la RKO devait rivaliser avec Universal avec moins de moyens, et sauve le studio qui subit l’échec de Citizen Kane d’Orson Welles.  Le film est presque un hommage à une star de l’avant-guerre, Simone Simon, qui envoûtait Jean Gabin dans La bête humaine en caressant un chaton. Dans La Féline, elle joue une Américaine d’origine Serbe qui se transforme en panthère. Quelques ombres chinoises au bord d’une piscine et une bande-son grinçante ont révolutionné l’histoire du cinéma.

L’homme Léopard (le 14 janvier) ouvre sur la lumière d’un flamenco avant de s’enfoncer dans les ténèbres d’une course contre un léopard qui tue une jeune fille dont nous ne verrons que le sang couler sous la porte de sa maison.

Vaudou (le 15 janvier) est l’objet d’une révolution aussi importante que La Féline avec son histoire, adaptée de Jane Eyre de Charlotte Brontë, d’infirmière chargée de s’occuper d’une malade dans une île des Caraïbes, qui découvre le monde des morts-vivants. Là encore, le bruit du vent dans une calebasse, une dépouille animale accrochée à un arbre ou une chanson étrange à la guitare tétanisent le spectateur. Et les Noirs sont présentés comme des personnes dignes et courageuses, caractéristique habituelle de ce cinéaste que certains critiques américains de l’époque qualifiaient de « negro lover ». Ce film impose la figure du mort-vivant dans le cinéma, qui sera réanimée par George Romero dans les années 70 pour ses deux chefs-d’œuvre, La nuit des morts-vivants et Zombie.

La flibustière des Antilles (le 18 janvier) est un bon film de pirate féministe avec Jean Peters et Louis Jourdan (l’excellent latin lover de Lettre d’une inconnue de Max Ophuls), et Berlin Express (le 20 janvier) invente l’Union Européenne avant l’heure dans un incroyable thriller filmé dans les ruines de l’Allemagne de l’après-guerre. Enfin, ceux qui ont manqué Pendez-moi haut et court/La griffe du passé le 11 janvier, pourront se consoler avec le DVD de ce chef-d’œuvre du film noir dont le dernier plan, dont les amateurs partagent le secret comme un souvenir commun, consacre en résumé de l’œuvre de Jacques Tourneur l’amitié comme une communauté d’illusion.

Cycle Jacques Tourneur, Action Christine, jusqu’au 20 janvier 2009, 4, rue Christine, 75 006 Paris, 01 43 25 85 78

Pendez-moi haut et court (La griffe du passé), Vaudou, La féline, L’homme Léopard, Angoisse, Berlin Express, Days of Glory en DVD aux Editions Montparnasse, La flibustière des Antilles en DVD aux éditions Carlotta.

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