Un barrage contre le Pacifique : le colonialisme est-il soluble dans la mélancolie ?

Un barrage contre le Pacifique - Isabelle Huppert

Il est étonnant qu’un cinéaste aussi admirable que Rithy Panh filme dans Un barrage contre le Pacifique le Cambodge de l’ère coloniale comme un paradis perdu vaguement agité par quelques méchancetés des colonialistes dont le plus cruel est… un Chinois.

Le cinéaste est pourtant connu pour une œuvre documentaire remarquable, qui comprend des films forts et durs comme S21, La machine de mort Khmère rouge ou Le papier ne peut pas envelopper la braise, le premier consacré au génocide perpétré par les Khmères, le second à la terrible condition des prostituées cambodgiennes.

La question de l’adaptation du grand roman de Marguerite Duras ne se pose même pas car l’aventure intérieure n’est pas la préoccupation du cinéaste. Il s’intéresse plutôt au courage de cette veuve, ex-institutrice (Isabelle Huppert), qui tente d’ériger un barrage contre l’Océan pour protéger ses rizières au début des années 30, tout en perdant le contrôle de ses deux grands enfants qui découvrent la sensualité et l’étendue du monde.

Les aventures sentimentales des jeunes gens auraient pu émouvoir si elles avaient été plus intenses que quelques plans sensuels d’une belle comédienne en paréo, ou le retour caricatural du garçon sur son dépucelage : « c’était comme un rêve ». La critique du colonialisme aurait pu intéresser si elle s’appuyait sur une véritable description des rapports de force entre colons et Cambodgiens, plutôt que d’insister sur la bonté du personnage interprété par Isabelle Huppert, aimée des autochtones, évoquant sans trop y croire sa « honte d’être française » pour des raisons administratives, et non politiques, et invitant les Cambodgiens à la révolte par rancœur plutôt que par rejet du système colonial.

Comme dans Out of Africa, c’est finalement la nature, et non la politique, qui chasse les colons. La beauté des paysages, l’innocence des enfants et la lumière crépusculaire baignent tout le film d’une mélancolie qui en fait ce qu’il prétend combattre : une carte postale.

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