Suzanne de Katell Quillévéré : when lovely woman stoops to folly

Les femmes passent une grande partie de leur vie à se demander ce que l’homme qui les regarde leur veut. Celles qui tombent amoureuses d’un voyou embarquent leur poids de larmes. C’est l’histoire d’une d’elles que raconte la cinéaste Katell Quillévéré, dont nous avions beaucoup aimé le précédent film, Un poison violent.

Celle du poète du XIXe siècle Oliver Goldsmith (“when lovely woman stoops to folly/and finds too late that men betray/what charm can smooth her melancholy) mourait, celle de T.S. Eliot, notre quasi-contemporain, dans La terre vaine, rabattait une mèche de cheveux après l’amour avec un homme dont elle ne conserverait aucun souvenir : “Well now that’s done : and I’m glad it’s over/when lovely woman stoops to folly and/Paces about her room again, alone/She smoothes her hair with automatic hand/and puts a record on the gramophone.”).

La Suzanne de Katell Quillévéré bâtie entre la ballade de Leonard Cohen et l’héroïne de Pialat (A nos amours s’appelait initialement Suzanne, nom du personnage de Sandrine Bonnaire), grandit auprès d’un père routier veuf (François Damiens, indispensable comédien contemporain), qui laisse ses filles pousser comme elles veulent. Elle tombe enceinte puis amoureuse d’un voyou à belle gueule pour lequel elle abandonne son enfant et sa famille. Elle réapparaît en prison, purge sa peine, découvre en sortant que son enfant a été placé en famille d’accueil…

La cinéaste s’intéresse au basculement d’une femme dans l’irrationnel jusqu’à ce qu’elle stoops to folly. Elle s’appuie encore trop sur sa play-list disco-pop au lieu de laisser ses extraordinaires comédiennes s’exprimer. Katell Quillévéré a le talent pour faire surgir l’émotion sur le langage secret qui unit les parents à leurs enfants, les soeurs entre elles, le ravissement des femmes amoureuses… Cette cinéaste est grande lorsqu’elle capte le basculement définitif d’une femme dans le choix amoureux, le désir d’enfant ou le retour à la réalité par le besoin d’honorer son nom, qui aurait dû clore et emballer le film.

SUZANNE – Bande-annonce VF par CoteCine

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