4e prix Cinéma dans la lune : Guiraudie, Oppenheimer, Triet, Gerwig, Macaigne…

Le jury du site qui célèbre les nouvelles utopies esthétiques, poétiques et politiques du cinéma s’est réuni cette nuit en région parisienne pour attribuer les récompenses du 4e prix Cinéma dans la Lune :

– Prix dans la lune : L’inconnu du lac d’Alain Guiraudie. Paradoxal éloge de l’éclipse du phallus dans un film qui en montre tant. Franck drague des hommes au bord d’un lac dans le sud de la France. Il assiste au meurtre d’un homme par Michel qu’il ne fera que désirer davantage. Un grand film sur le désir qui rappelle le banquet de Platon, où toutes les versions d’Eros s’expriment : amour-harmonie, amour-valeur, amour-fidélité, amour-destruction, amour-désir… Les scènes de sexe les plus crues de l’année avec La vie d’Adèle, mais L’inconnu du lac nous semble aller au bout de son propos : Condamnés Amour, levez-vous !

– Prix du meilleur documentaire : The act of killing de Joshua Oppenheimer. Le film le plus effrayant sur une machine à tuer depuis Shoah, recueille la confession de participants aux massacres de 500 000 chinois et sympathisants communistes en Indonésie en 1965. Les assassins, qui ont le pouvoir et se vantent à la télé de leurs exploits, rejouent pour le cinéaste américain les scènes de massacre dans une série de fictions qui les ridiculisent, jusqu’à la nausée.

– Prix du meilleur premier film : La bataille de Solférino de Justine Triet. Un soir d’élection présidentielle en France, un homme hystérique, une femme courageuse mais débordée par les contradictions entre ses jouissances (ses enfants, son amant, son travail…). Un film qui dote les femmes d’un phallus et les hommes d’un utérus.

– Prix de la meilleure actrice : Greta Gerwig, filmée amoureusement dans Frances Ha en train de dire qu’elle a vécu sa plus belle histoire d’amour avec un homme dont elle a croisé le regard désirant au cours d’une soirée.

– Prix du meilleur acteur : Vincent Macaigne. 2013, année Macaigne, amoureux psychotique dans Kingston avenue, dragueur minable dans La fille du 14 juillet, père hystérique dans La bataille de Solférino.

– Prix de la meilleure image : Jeanne Lapoirie pour Michael Kohlhaas. La grande directrice de la photographie taquine Rembrandt pour portraiturer la douleur de Mads Mikkelsen et la foi de Denis Lavant. La photographie comme art du crépuscule qui ressemble terriblement à l’aube d’une nouvelle ère.

– Prix du meilleur son : Vasco Pimentel pour Tabou. La précocité du prix en décembre l’a fait précéder de quelques jours la sortie de Tabou en 2012, somptueux film de Miguel Gomes sur des rois sans divertissement, des Portugais embarqués dans une histoire d’amour impossible avant la chute de l’empire colonial. Le film muet mêle les bruits de Lisbonne, des paysages et de la faune d’Angola, la voix-off, les reprises de tubes (Tu seras mi baby des Surfs et plusieurs bijoux africains).

– Prix du meilleur scénario : Christelle Berthevas et Arnaud des Pallières d’après le roman de Heinrich von Kleist, Michael Kohlhaas. Un roturier éleveur de chevaux s’oppose à la tyrannie du potentat local qui tuera sa femme. Mads Mikkelsen met la contrée à feu et à sang pour obtenir justice. Naissance des révolutions qui dessineront le monde dans lequel nous vivons.

– Prix de la meilleure musique : Joana Sa pour Tabou. Comme ont dit mes parents en sortant du film, “on n’a rien vu d’aussi … depuis India Song”. A un mot près, on ne saurait mieux dire.

– Prix du meilleur décor : Russell Barnes pour Only god forgives. Bangkok poisseux, refuge des fantasmes du monde où échoue une Médée désireuse de venger son fils monstrueux. Russell Barnes construit un labyrinthe des désirs préparant la fin de la domination de l’homme blanc caucasien sur le monde.

– Prix du meilleur costume : Anina Diener pour la robe offerte par Mads Mikkelsen à Delphine Chuillot dans Michael Kohlhaas. Tout le sortilège de l’offrande de la robe, rêve de tissu qui épouse les fesses, les hanches, les seins de l’aimée.

– Prix des meilleurs effets spéciaux : Tim Webber, coordinateur des effets spéciaux de Gravity. Bijou technologique qui nous propulse dans l’espace où pour la première fois dans l’univers de la science-fiction dominé par l’idée du “Go west young man, and seek fortune”, il n’y a rien à faire, mais tant à voir : la Terre.

– Prix du meilleur montage : Basile Belkhiri pour Camille Claudel 1915 de Bruno Dumont. L’art de passer de la douleur de la plus grande sculptrice de l’histoire de l’art à la main tendue d’une handicapée mentale (voir à ce sujet Disabled Theater de Jérôme Bel aux Abbesses, nous obligeant à voir pendant 1 minute chacun à leur tour, les 11 handicapés de la troupe qu’il chorégraphie, puis les mêmes expliquant leur handicap, montrant leurs chorégraphies…), à l’extase mystique de son frère délirant sur Dieu en quelques plans homoérotiques, ou provoquant l’extase d’un pauvre curé le félicitant d’apporter la “sainteté”. Le montage, art du dévoilement chez ce grand cinéaste phénoménologue.

– Prix du meilleur court-métrage : Mati Diop pour Mille soleils, réponse au Sans soleil de Marker, portrait d’un perdant ni magnifique ni pathétique, mais terriblement humain, comédien de Touki bouki (1973), film sénégalais culte de l’oncle de la cinéaste, méconnu en France trop focalisée sur l’universel pour se poser la question du particulier. Désir d’élever l’Afrique à la mythologie qu’on lui refuse trop souvent jusqu’à la mère de l’humanité. Il n’y aura pas de dernière lettre.

 

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