Che, la Révolution est-elle sauvée par le martyr ?

Che - 1ère partie : L'Argentin - Benicio Del Toro

L’historien Jean-Clément Martin rappelle dans son passionnant ouvrage Violence et révolution que la violence de la Révolution française ne doit pas faire oublier celle de l’Ancien Régime, et que notre société découle, qu’on le veuille ou non, de cet événement. De la même manière, Ernesto “Che” Guevara s’est imposé comme la figure la plus populaire et la plus internationale de la résistance à l’autorité indigne au XXe siècle, et il continue à personnifier l’espoir pour des millions d’opprimés à travers le monde.

Steven Soderbergh réalise avec cette biographie du Che basée sur les carnets du guerillero son meilleur film depuis L’Anglais, dans lequel Terence Stamp comprenait trop tardivement sa fille disparue. Ce nouveau portrait d’homme dépassé par son destin est superbement incarné par le meilleur acteur américain de sa génération avec Sean Penn, Benicio del Toro (Traffic, Sin city, 21 grammes).

Le premier mérite de cette aventure est d’éviter la sainte trinité du biopic (misère, succès, rédemption) pour s’attarder sur les mille et un gestes qui ont créé la légende du Che, tel apprentissage de l’écriture et de la lecture aux paysans cubains, tel souci pour un ami blessé, tel geste vers un malade. La plus belle scène du film est sans doute celle où le médecin Guevara demande à une vieille dame en bonne santé pourquoi elle vient le consulter : “je n’avais jamais vu de médecin”, répond-elle. On comprend mieux alors ce qui intéresse le cinéaste : un parcours tout entier orienté vers la défense de la dignité humaine.

Milan Kundera observe dans L’insoutenable légèreté de l’être que si les Français s’enorgueillissent de leur révolution, ils ne souhaiteraient pas que Robespierre revienne chaque année leur couper la tête. Le Che est devenu un symbôle en étendant la révolution cubaine en Amérique latine avant de se faire abattre par la CIA, alors que Fidel Castro n’inspire plus de sympathie depuis longtemps. Il est du destin des révolutions française, russe, cubaine ou algérienne de laisser la place à des régimes conservateurs qui utilisent le mythe de ce mouvement et de ses meilleurs éléments pour justifier leur pouvoir.

A la fin de la première partie du film, le Che en route pour La Havane sermonne ses hommes qui friment dans une voiture américaine volée. Benicio del Toro incarne finalement le Che comme ce Christ dont Nietzsche disait qu’il n’y avait qu’un Chrétien, et qu’il était mort sur la croix.

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