Rétrospective Danielle Darrieux : les luttes des femmes

Danielle Darrieux

Yves Ansel, commentateur des Pléiades consacrés à Stendhal, affirme que Le rouge et le noir, publié en 1830, est le premier roman dans lequel une femme est représentée en train de lire dans une bibliothèque. Il n’est alors pas étonnant que l’adaptation cinématographique de ce chef-d’œuvre littéraire ait été portée par la grâce de Danielle Darrieux, qui plus qu’aucune autre actrice, à part peut-être Ingrid Bergman, a représenté au cinéma la manière dont les femmes ont successivement acquis au cours du XXe siècle le respect, puis les mêmes droits que les hommes, avant de conquérir le droit de s’épanouir dans leur vie personnelle et professionnelle.

L’hommage à Danielle Darrieux à la Cinémathèque française commence le mercredi 7 janvier, en présence de l’actrice, avec la projection de Madame de…(1955), chef-d’œuvre de Max Ophuls (qui sera rediffusé le 22 janvier). Cette adaptation d’un roman de Louise de Vilmorin, ex-fiancée d’Antoine de Saint-Exupéry, écrivain mondaine parisienne qui inspira la Fabienne Tabard de Baisers volés à François Truffaut, offrit son plus beau rôle à celle dont l’attitude pleine de dignité à la fin du film, alors que des hommes se sont affrontés pour elle, est un défi aussi important que le regard-caméra lancé à la même époque par la Monika de Bergman, et qui semble dire : « de quel droit me jugez-vous ? »

Les spectateurs pourront la voir le 11 janvier dans deux autres chefs-d’œuvre chorégraphiques d’Ophuls, La ronde d’après Schnitzler (écrivain également adapté par Kubrick dans Eyes Wide Shut) et Le plaisir d’après Maupassant, où Jean Gabin, dans une scène champêtre en hommage aux peintres Manet et Renoir, inspirait le respect à Danielle Darrieux en s’excusant pour sa goujaterie.

La belle comédienne a aussi attiré Hollywood, où son meilleur film fut sans doute L’affaire Cicéron de Joseph Mankiewicz (le 10 janvier), dans lequel elle interprète l’une de ces femmes fatales que le cinéma américain affectionnait après guerre, et qui envoûte James Mason pour lui soutirer l’argent des Nazis.

Le 15 février, c’est en mère des deux jumelles les plus célèbres de l’histoire du cinéma, Françoise Dorléac et Catherine Deneuve dans Les demoiselles de Rochefort, que Danielle Darrieux envoûtera les enchantés du film de Jacques Demy. Il fallait oser écrire en 1967, à une époque où les femmes n’avaient pas toujours le droit de posséder leur propre compte bancaire, le personnage de cette femme qui avait plaqué son mari Simon Dame (Michel Piccoli) sous prétexte qu’elle trouvait ridicule de s’appeler Madame Dame…

Les amateurs de François Ozon reverront la comédienne, le 1er mars dans 8 femmes, expliquer avec beaucoup de tact à sa fille Isabelle Huppert qu’elle a tué son mari car elle ne supportait plus sa perfection.

Enfin, le cycle s’achève le 2 mars par la projection de Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, d’après la bande-dessinée de la première, où l’actrice interprète pour la cinquième fois la mère de Catherine Deneuve, et ici la grand-mère de la petite Marjie, à laquelle elle annonce qu’en continuant à grandir, elle finira par toucher les « couilles du seigneur », ce qui, par les temps qui courent et du fait de l’ambiance internationale, serait providentiel.

La Cinémathèque française, 51 rue de Bercy, 75012 Paris, Métro Bercy, 01 71 19 33 33

Rétrospective Danielle Darrieux, du 7 janvier au 2 mars 2009

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