Mille soleils de Mati Diop : Dakar vaut bien une messe

C’est un très grand film bâti sur une désobéissance, de la cinéaste Mati Diop à son professeur au Fresnoy, le cinéaste Arnaud des Pallières, lui disant alors qu’elle exprime le vœu de réaliser un film sur le tournage du film sénégalais Touki Bouki par son oncle Djibril Diop : « tu ne vas pas faire une messe ! ». Elle explique lors de l’avant-première de son film au Ciné 104, qu’elle part une première fois au Sénégal à la recherche des origines de la famille de son père qui semble liée au destin des deux héros de ce film de 1972, dans lequel un couple sans argent rêve de gagner la France. Au dernier moment, la femme monte dans le bateau alors que l’homme renonce à la traversée.

Elle rencontre le comédien principal, Magaye Niang, homme à la dérive autour duquel son film est organisé. Il interprète un double du héros de Touki Bouki, berger rêvant d’exil, contactant l’ancienne comédienne du film exilée en Alaska où elle assure la sécurité d’une plate-forme pétrolière, métier auquel sont cantonnés tant de malheureux candidats africains à l’exil. Mati Diop organise la rencontre entre deux générations d’artistes, celle de Magaye Niang et d’un chanteur de hip-hop, Djilil Bagdad, membre du mouvement qui a imposé au Président Wade de laisser la transition se faire au Sénégal pour préserver le rêve démocratique et de développement du pays.

La beauté de Mille soleils, du visage fatigué de Magaye Niang, “la plus belle chose du monde” disait John Ford, aux paysages enneigés d’où sort une nouvelle Lucie, mère de l’humanité, est le grand film rêvé sur une Afrique dont on voudrait nous faire croire qu’elle n’a pas d’histoire sous prétexte que ses films ou sa musique sont difficiles à trouver ou que ceux qui nous parviennent sont adaptés au goût occidental, alors que les films de Djibril Diop sont parmi les plus beaux du monde, et que la bande-originale de Hyènes par Wasis Diop, père de la cinéaste, est l’une des plus belles de l’histoire du cinéma. Il y aura toujours pour les cœurs vaillants des ruses à adopter pour conquérir des royaumes imaginaires et provoquer les Ravaillac enfumés par leurs visions.

Mille soleils de Mati Diop ouvre le Festival Possessions, cycle de films et de performances, jusqu’au 12 décembre 2013

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