Ratatouille est-il le meilleur film de l’année 2007 ?

Chaque fois, la lâcheté qui nous détourne de toute tâche difficile, de toute oeuvre importante, m’a conseillé de laisser cela, de boire mon thé en pensant simplement à mes ennuis d’aujourd’hui, à mes désirs de demain qui se laissent remâcher sans peine.

Et tout d’un coup, le souvenir m’est apparu. Ce goût c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray, quand j’allais lui dire bonjour dasn sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté.”

Marcel Proust, Du côté de chez Swann

On sait que les grands films sont ceux qui transforment la vision que l’on a d’un objet, d’un milieu ou d’un peuple : on voit différemment le désert depuis Lawrence d’Arabie, les hommes-bêtes depuis La belle et la bête, les douches depuis Psychose, l’océan depuis Les 400 coups, l’espace depuis 2001 L’Odyssée, les hélicoptères depuis Apocalypse now, et on peut imaginer que Ratatouille modifiera l’image des petites bêtes poilues qui colonisent les égouts. Il est amusant que le vendeur de ratières qui expose des cadavres de rat en vitrine près des Halles à Paris, et qui a inspiré le magasin de pièges à rat que l’on voit dans le film, se fasse traiter, depuis la sortie de Ratatouille, d’assassin par les enfants.

Dans un pays qui fait souvent passer au cinéma l’amour du discours avant celui de l’image, il est important de noter que les grands sentiments de Ratatouille (un apprenti cuisinier égaré dans un grand restaurant en deviendra le chef grâce à la complicité d’un rat féru de grande cuisine) ne se font jamais au détriment de l’art de conter.

Lorsque l’abominable critique gastronomique Anton Ego (dont la voix anglaise est Sir Peter O’Toole-Lawrence d’Arabie) goûte à la ratatouille concoctée par le rat-cuisinier, et que ce goût s’associe au souvenir de sa mère qui lui avait préparé la même ratatouille après qu’enfant il soit tombé de vélo, Brad Bird et le studio Pixar nous en apprennent autant sur la célèbre madeleine de Marcel Proust que sur le cinéma.

Dans une année 2007 au cours de laquelle les grands cinéastes ont rivalisé de noirceur, Ratatouille nous rappelle qu’un film peut être chorégraphié et transformer en seigneur la plus petite créature du monde, comme dans un film de Charlie Chaplin, et convoquer nos cinq sens et réveiller les plus beaux souvenirs que l’on croyait à jamais perdus, comme un roman de Marcel Proust.

 

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