Il était une fois en Anatolie de Nuri Bilge Ceylan : traité de miséricorde

Il était une fois en AnatolieIl était une fois en Anatolie prouve de nouveau que nous sommes avec le cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan face au plus grand réalisateur métaphysique depuis les grandes heures de Wim Wenders.

Il était une fois en Anatolie, premier film tourné en numérique par le cinéaste sans doute pour obtenir une image composite de ses longs tournages de nuit, suit le travail d’une équipe de police accompagnée d’un procureur et d’un médecin légiste pour rechercher le corps de la victime d’un meurtre passionnel.

Nuri Bilge Ceylan s’est imposé avec Uzak, Les climats et Les trois singes comme un grand cinéaste de la miséricorde, ou de la sensibilité à la misère d’autrui, misère sociale du cousin du héros stanbouliote dans le premier, dénuement de la femme désireuse d’enfant face à un homme effrayé par la perspective dans le second, solitude et désarroi des habitants du centre de la Turquie, éloignés des centres touristiques et du rêve européen, dans son dernier film. La référence du titre au film de Sergio Leone se trouve sans doute dans ce portrait de son beau pays écartelé entre son désir et son rejet de l’Europe, comme le grand pays de pionniers bâti sur l’oubli du continent européen.

L’enquête croise deux histoires de mort violente. La première est celle commise par deux hommes sur un troisième qu’ils ont enterré dans un champ, apparemment un personnage odieux décédé d’une mort abominable révélée dans les dernières secondes du film. La seconde est la prise de conscience du vieux beau de procureur dont la femme ne serait peut-être pas morte brutalement, mais aurait voulu le faire souffrir pour se venger.

Cette double histoire de vengeance bercée par le vent des plaines d’Anatolie et la vision d’un ange qui semble sortir de Georges de La Tour élève les petits péchés humains au rang de tragédies (le procureur coureur est rattrapé par sa prostate qui lui impose d’uriner six fois de suite durant la nuit, le commissaire s’en prend à son fils malade pour justifier son incapacité à quitter la région…), tout en posant un regard plein de commisération et de tendresse sur ses héros, pris la main dans le sac, comme ce sous-officier un peu fort qui passe son temps à voler des légumes et ces hommes solitaires saisis par l’apparition d’une jeune femme. Nuri Bilge Ceylan apporte une bonne nouvelle sous forme de tragédie grecque : les anges sont parmi nous.

Il était une fois en Anatolie Bande annonce du… par LE-PETIT-BULLETIN

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