Festival de Cannes : autant en emporte la narration

Alors que le cinéma hollywoodien classique s’appuie sur des techniques de narration qui favorisent la linéarité, selon une logique de cause à effet, le développement des personnages et un style qui soutient la progression narrative et la chute, le cinéma d’art et d’essai adopte une forme narrative libre qui détruit la linéarité et la causalité au moyen de techniques comme l’ellipse, le temps mort, des personnages dépourvus d’objectif, et une fin ouverte.” Angela Ndalianis (in The cinema book, sous la direction de Pam Cook).

La livraison des vingt films de la compétition officielle du festival de Cannes 2008 confirme la vocation de cet événement à plébisciter un cinéma libre, qui se détache des conventions narratives classiques. Même les cinéastes américains qui privilégient la linéarité dans leurs scénarios (Clint Eastwood, Steven Soderbergh dans certains films, James Gray) ont pris l’habitude de détourner les genres auxquels ils s’attaquent de leur vocation première. Ainsi Clint Eastwood dans Impitoyable, réalisait un western qui retournait les deux clichés habituellement attachés au genre (considéré comme raciste et misogyne), en offrant à Morgan Freeman et aux actrices un rôle de premier plan dans son film.

La plupart des cinéastes conviés à cette édition ont pris l’habitude de se détourner des conventions cinématographiques : le cinéaste chinois Jian Zhang Ke (24 City) croisait plusieurs histoires autour de la construction d’un barrage qui détruisait une vallée dans Still life, le réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan filmait l’errance d’un photographe à Istanbul dans Uzak (lointain en français), le cinéaste allemand Wim Wenders filmait Bruno Ganz en ange désireux de prendre une enveloppe humaine dans Les ailes du désir, les frères Dardenne, doubles vainqueurs de la palme d’or (pour Rosetta et L’enfant), étudiaient la manière dont un menuisier accueillait l’assassin de son fils en apprentissage dans Le fils.

Il est un film de la compétition 2008 qui a toute notre attention, dont le réalisateur a fait avec Rois et Reines l’un des films français majeurs des dix dernières années, en tout cas un film qui sait aussi bien parler de l’humain comme Ingmar Bergman, tout en s’intéressant à la mécanique des corps comme Steven pielberg et James Cameron (Depleschin cite explicitement Titanic comme un film important). Il faudra donc voir Un conte de noël, avec Mathieu Amalric, Catherine Deneuve et Emmanuelle Devos, comme un sérieux prétendant à la palme, d’autant que le Président du Jury, Sean Penn, a recruté le directeur de photographie fétiche d’Arnaud Depleschin, Eric Gautier, pour son dernier film Into the wild.