Catherine Frot ou l’art du tourné

Le cinéma est le plus grand train électrique jamais offert à un adulte.”

Orson Welles

Le crime est notre affaire de Pascal Thomas a la fantaisie des grandes comédies américaines d’Ernest Lubitsch, George Cukor et Billy Wilder, dans lesquelles le souci de la chorégraphie comptait autant que le bon mot dans la réussite du gag. Le charme d’André Dussollier et Catherine Frot, couple de vieux enquêteurs anglais incorrigibles hérités d’Agatha Christie, compte beaucoup dans la réussite du film.

Catherine Frot est de ces comédiennes d’autant plus indispensables qu’elles se sont imposées tardivement sur les écrans, après avoir attendu l’audace d’un réalisateur un peu plus courageux que les autres pour mettre en avant leur originalité, en l’occurrence Cédric Klapisch dans Un air de famille et Pascal Thomas pour un premier rôle déjà dans La dilettante en 1999.

La comédienne imprime la pellicule d’une élégance et d’un charme suranné que le cinéaste cadre, l’opérateur éclaire, et Claude Rich étreint (“Ah, votre poitrine”) avec une joie communicative. On la verra donc s’amuser à interpréter une grande bourgeoise qui secoue ses talons hauts après avoir marché dans la neige, trouve que “ça sent le vieux” quand elle quitte une pièce, ou répond à cet artiste raté interprété par Christian Vadim, qui l’étreint et lui demande si elle préfère les vieux, que “ses deux jeunes frères ne sont pas mal non plus.”

Catherine Frot est parfois seule au centre du gag, apanage des plus grands comédiens comiques comme Charllie Chaplin dans Les temps modernes, Woody Allen dans Annie Hall ou Katherine Hepburn dans L’impossible Monsieur bébé. Une souris caressant du museau le derrière de la comédienne devient le prétexte à une réaction terrorisée et en même temps silencieuse de cette grande bourgeoise infiltrée dans un château glacial où elle a pris la place de bonne pour enquêter sur un meurtre mystérieux. L’intrigue est moins intéressante que les prétextes qu’elle suscite, en mettant la fausse bonne en conflit avec une famille de grands bourgeois dégénérés (Claude Rich, Chiara Mastrioanni, Melvil Poupaud, etc.).

Il n’y a d’autre morale à ce film que le plaisir du jeu et d’une réjouissante curiosité pour la bizarrerie et le morbide, comme si l’on ne se sentait jamais autant vivant que lorsque l’on réveillait les morts.