Rembobinez de Michel Gondry : bénis les amnésiques car ils peuvent tout faire

La seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien.”

Socrate

Au lieu de dire qu’il n’y a plus de bons films, séchez vos larmes, prenez une caméra et descendez dans la rue.”

François Truffaut, lettre à un critique grincheux

Michel Gondry, sans doute le cinéaste français contemporain le plus inventif avec Jean-Pierre Jeunet, poursuit avec son dernier film, Be kind Rewind, Soyez sympa, Rembobinez, sa réflexion sur la mémoire et la liberté. Son meilleur film à ce jour, Eternal sunshine of the spotless mind, racontait l’histoire d’une jeune femme (Kate Winslet) qui effaçait son ex (Jim Carrey) de sa mémoire grâce à une entreprise spécialisée dans ce genre d’opérations. Jim Carrey n’avait de cesse de la rappeler à ses souvenirs avant d’entreprendre de la reconquérir une nouvelle fois, comme s’ils ne s’étaient jamais connus. Cette belle fable de l’apprentissage du pardon à l’intérieur du couple avait imposé le cinéaste connu jusqu’alors pour les nombreux clips qu’il a réalisés, notamment pour Björk.

Rembobinez met en scène l’un des meilleurs comiques américains, Jack Black (qui justifiait à lui seul le remake de King Kong par Peter Jackson), qui entreprend de refilmer les films (SOS Fantômes, 2001, l’Odyssée de l’espace, Rush hour 2, etc.) du vidéoclub de son pote (Mos Def), après les avoir effacés. Selon un schéma classique du cinéma américain, l’entreprise est évidemment un succès, dont l’intérêt réside pourtant moins dans le slogan bien connu d’une marque américaine de sport (“Tu peux le faire”) que dans la joie avec laquelle les compères comprennent (on pourrait dire “réalisent”) que l’imaginaire n’est jamais mieux utilisé que lorsqu’il sert à créer, et non à copier.

Oublier, effacer, pour mieux recommencer et aborder le monde comme le premier homme. “L’acte est vierge, même répété“, disait le poète René Char. Michel Gondry renvoie le cinéma à un bricolage d’images et d’émotions, comme une invitation au voyage. On sait ce qui nous reste à faire.

 

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