Rencontres d’Arles 2011 (1) : la valise mexicaine et la camoureuse

Quelle est la plus grande nouvelle apportée par la découverte récente de la valise mexicaine considérée comme perdue depuis 1939, rassemblant 4 500 négatifs de photographies prises durant la guerre d’Espagne par Robert Capa, sa compagne Gerda Taro et Chim (David Seymour), exposée pour la première fois en Europe dans le cadre des Rencontres d’Arles ? Devons-nous surtout nous réjouir de la découverte de photographies qui complètent l’imaginaire de la Guerre d’Espagne vue du côté des Républicains pour le compte des médias communistes français, ou d’un ensemble unique de photographies de la première reporter de guerre écrasée par un char républicain en 1937 lors de la bataille pour Madrid, et de photographies qui documentent comme ce cliché de la belle endormie, sur la vie de cette femme ?

Les clichés inédits de Chim, Robert Capa et Gerda Taro ne mentent pas sur la désorganisation et l’usure du clan républicain porté au pouvoir par les urnes, opposé à l’armée menée par Franco en 1936 depuis le Maroc pour renverser la République. Ils complètent notre connaissance de la vie des civils et des militaires durant la guerre sans aucune censure (photos de Gerda Taro de corps d’enfant allongés dans la morgue après un bombardement, reportage sur le camp d’Argelès-sur-mer où le gouvernement français parqua les réfugiés républicains condamnés à dormir dans de la paille avant la mort ou l’exil pour la plupart au Mexique).

Les photos de certaines batailles portent la marque de Robert Capa en donnant l’impression d’être plongé dans la violence des combats, un monde de poussière et de sang. Il nous semble pourtant que l’aspect le plus puissant de ce reportage est lié à la compassion et à l’amour du regard des trois photographes sur les populations et envers eux-mêmes, à la manière dont leur appareil photo (camera en anglais) envoie un message d’amour (camoureuse) qui comme dans la belle phrase du philosophe Emmanuel Levinas (“Autrui me fait face”), donne un visage au photographe lui-même. Ces trois photographes juifs d’origine hongroise (Capa), polonaise (Seymour) et allemande (Taro) s’étaient réfugiés en France dans les années 30, le pays qui à cette époque représentait pour les réfugiés européens “tous les pays à la fois” (Javier Cercas, Les soldats de Salamine).

La valise mexicaine raconte une histoire d’amour entre trois juifs errants tous les trois tombés au combat (Taro en Espagne, Capa en 1954 au Vietnam et Chim en 1956 à Suez en Egypte) et un peuple victime des désillusions de son rêve démocratique et anarchiste, puis de l’impitoyable répression des Phalangistes qui allaient le condamner à 40 ans de solitude. Il n’est pas étonnant que le cliché le plus mémorable de l’exposition soit celui de cette jeune femme courageuse, épuisée par son travail photographique, qui devait effectivement avoir une immense valeur sentimentale pour celui qui partageait sa vie et son utopie.

Rencontres d’Arles Photographie : dans toute la ville d’Arles jusqu’au 18 septembre 2011

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