Pourquoi James Dean est-il, dans A l’est d’Eden (1955), le premier acteur moderne ?

“Il est grand, beau, affable. Le visage est large, le front haut et droit, la taille bien prise. De naissance, il a tous les dons physiques de l’acteur. Que de comédiens qui possèdent ces trésors et les galvaudent ! Lui, non. Il possède aussi la vertu majeure du comédien : le caractère, et son démon, l’inquiétude.”

Jean Vilar, préface à La formation de l’acteur de Constantin Stanislavski

 Il est étonnant de voir à quel point James Dean dans A l’est d’Eden, réalisé d’après Steinbeck en 1955 par Elia Kazan, distancie tous ses collègues à l’écran. L’intrigue a beau se dérouler au cours de la première guerre mondiale, et le film dater des années 50, on jurerait d’avoir croisé ce jeune homme dans la rue, qu’il soit vêtu d’un costume, d’une salopette, ou simplement d’un pantalon et d’une chemise. Les autres comédiens sont bien de leur époque, que ce soit ce père intégriste chrétien (Richard Davalos) obsédé par la pureté, qui a fait fuir sa femme qui n’a pas vu ses fils grandir, ou la petite amie de son frère (Julie Harris), trop lisse pour impressionner véritablement la pellicule.

Elia Kazan, qui a créé le mythe James Dean avec Nicholas Ray pour La fureur de vivre, ne croyait pourtant pas en ce jeune comédien car il estimait qu’il se fiait davantage à son instinct qu’au travail, et lui préférait largement Marlon Brando qu’il avait contribué à faire connaître avec Un tramway nommé désir. Il est pourtant impressionnant de voir à quel point James Dean invente la jeunesse en incarnant ce jeune homme turbulent et à moitié autiste qui ne comprend ni pourquoi son père lui préfère son frère, ni pourquoi sa mère refuse de lui parler, trop coupable d’avoir abandonné ses enfants.

James Cagney et Marlon Brando avaient avant lui incarné des voyous qui représentaient la seule manière jusque dans les années 50 de représenter au cinéma la contestation de l’ordre établi, mais James Dean invente dans A l’Est d’Eden une insouciance, une naïveté et une candeur qui s’imposeront quatre ans plus tard avec Les quatre cents coups et A bout de souffle, lorsque la dramaturgie classique laissera la place à la célébration du réel et à la poésie du quotidien.

 

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