Balada triste d’Alex de la Iglesia : l’éternel retour du fascisme

Balada TristeL’ouverture de la boîte de Pandore de la violence est un appel à encore plus de violence, et Alex de la Iglesia s’en amuse avec sa version grand-guignol de Jim et Jim, Balada trista de la trompeta, en ouvrant sur les meurtres de curés par les Républicains espagnols, lesquels sont exterminés par les Franquistes, dont l’une des victimes grandit dans le rêve de venger son père.
L’action du film nous emmène rapidement en 1973 dans un cirque minable où le héros, Javier, remplit le rôle de clown triste et de souffre-douleur d’un patron violent, avec lequel il va disputer les grâces de la belle Natalia (Carolina Bang). La rivalité entre les hommes prend des tournures horrifiques lorsque Javier, utilisé comme une bille de bois par son patron, défigure ce dernier. Cette plongée dans l’horreur qui va faire croiser la route de Franco à notre héros réduit au rang d’animal est un prétexte à méditer sur l’héritage encombrant du fascisme espagnol et plus généralement européen. Le cirque devient un bar de strip minable, le Kojak, figure de l’européanisation du kitsch de l’après-guerre par laquelle nous avons cessé de nous faire la guerre en nous abreuvant tous aux mêmes mauvaises fictions.
L’ombre du Hitchcock de La Cinquième colonne pointe lorsqu’Alex de la Iglesia emmène ses personnages à l’ascension d’une croix monumentale, symbole du fascisme construit par les prisonniers républicains (le monument aussi chargé symboliquement en France que la Tour de la liberté dans le film de Hitchcock ou la croix de Balada triste serait le Panthéon). Mais c’est surtout l’ombre de Kusturica qui plane dans cette ambiance de cirque permanent (“de quelle troupe faîtes-vous partie ?” demande Javier aux assassins basques du chef de l’Etat fasciste Carrero Blanco), d’animaux de foire, de fête du cinéma et de sourire désabusé envers la permanence de la violence fasciste en Europe. Les cinéastes français, si prompts à donner des leçons de morale au monde entier, seraient bien inspirés de mettre le nez dans les séquelles de la colonisation et de la guerre d’Algérie pour mettre à jour ce qui fait violence dans le quotidien et la politique de notre pays.


Balada Triste – Bande-Annonce / Trailer [VF|HD] par Lyricis

One thought on “Balada triste d’Alex de la Iglesia : l’éternel retour du fascisme

  1. Le film est fort de symbolisme et riche en vérités à asséner, mais il le fait tant qu’il a fini par me lasser et m’énerver de son indécrottable aspect tape-à-l’oeil. A trop vouloir en faire, Alex de La Iglesia a fait ce qu’il dénonce et m’a pris en otage. Grosse déception.

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