François Truffaut ou la poésie du hasard

 

 

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J’ai déjà écrit dans ce blog que j’aimais François Truffaut comme j’aimais mon père qui s’appelle François. Je me répète donc, mais il est normal de revoir souvent les mêmes films au même titre que l’on aime toute notre vie les mêmes personnes.

 Contrairement à la plupart de ses collègues de la Nouvelle Vague (en particulier Godard, Chabrol, Resnais et Rivette), François Truffaut ne croyait pas aux classes sociales, à une époque, les années 60 et 70, où une telle position était jugée réactionnaire par une partie de la gauche. Il croyait évidemment encore moins au destin, à l’opposé du cinéma hollywoodien classique (Ben Hur, Les dix commandements, etc.) et du réalisme poétique (La bête humaine, La règle du jeu, etc.).François Truffaut, comme tous les autodidactes, croyait au hasard. Là où le héros classique, et toutes les écoles de scénario vous le diront, veut désespérément quelque chose que son adversaire fera tout pour lui empêcher d’obtenir, le héros de la Nouvelle Vague, et c’est sans doute l’invention majeure de ce mouvement, ne trouve d’autre motivation et bonheur que dans la multitude des hasards qu’il provoque. Cette affirmation est particulièrement vraie d’Antoine Doinel, personnage interprété à quatre reprises par Jean-Pierre Léaud (Les 400 coups, Baisers volés, Domicile conjugal, L’amour en fuite), et décliné pour le même comédien par Jean-Luc Godard (Masculin Féminin, La chinoise) et Jean Eustache (La Maman et la putain).

Dans les films de Truffaut, toute rencontre, qu’elle soit amoureuse, professionnelle ou amicale, est généralement le fruit du hasard. Certains films sont même construits autour d’une suite de hasards: Baisers volés est constitué des errances de Jean-Pierre Léaud dans Paris, qui vagabonde de petits boulots en visages de femmes, comme plus tard L’homme qui aimait les femmes, des errances de Charles Denner. Le mari de Jeanne Moreau est assassiné par un malheureux hasard dans La mariée était en noir, Catherine Deneuve se présente par hasard auprès de Jean-Pierre Belmondo dans La sirène du Mississipi, etc.Cette poétique du hasard est l’aspect du cinéma de Truffaut qui me touche le plus, et qui lui survivra longtemps. A une époque où les films sont rongés par la psychologie et la sociologie, la curiosité lumineuse des personnages de Truffaut constitue notre meilleure étoile.

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