La zona de Rodrigo Pla : extension du domaine de la lutte au Mexique

 “Que viva Mexico !”

Sergueï Eisenstein (1931)

 Si La règle du jeu (1939) de Jean Renoir est le film matrice du cinéma français et Citizen Kane (1941) d’Orson Welles celui du cinéma américain, alors Los olvidados (Les réprouvés, mais le titre signifie Les oubliés) de Luis Bunuel (1950), consacré à la vie des miséreux de la banlieue de Mexico, est celui du cinéma mexicain.

La zona, propriété privée, de Rodrigo Pla, fait partie de ces films de genre fortement politisés dont le cinéma mexicain semble avoir le secret depuis une dizaine d’années, dénonçant le cloisonnement des classes sociales (Gonzales Inarritu avec Amours chiennes et Rodrigo Pla dans La Zona), la manière dont le monde occidental entretient la peur des immigrés (Alfonso Cuaron avec Les fils de l’homme), ou la question du choix face à la tyrannie (Guillermo del Toro dans Le labyrinthe de Pan). 

Un soir d’orage, trois jeunes hommes des quartiers pauvres pénètrent dans une résidence privée entourée de murs et isolée au moyen de fils électriques et de caméras du bidonville qui l’entoure. Ils cambriolent une maison mais sont immédiatement repérés, deux d’entre eux sont abattus sans sommation. Le syndicat de la résidence s’engage alors dans une chasse à l’homme du dernier intrus car la zone risque de perdre son autonomie vis-à-vis des forces de police si des malversations s’y produisent. Ses habitants seront alors prêts à tout pour abattre le jeune garçon et conserver leur sécurité : corrompre la police, isoler les habitants de la résidence opposés à cette mesure, tirer sur tout ce qui bouge dans la résidence, etc.

La présence de quelques éléments critiques dans la résidence, dont Maribel Verdu qui illuminait Le labyrinthe de Pan dans son rôle de résistante au franquisme, n’empêche pas la terrible répression de ce mettre en place. Métaphore du délire sécuritaire qui s’empare du monde occidental depuis le 11 septembre 2001, La Zona est de ces films qui se font le témoin actif du désordre mondial. Ce cinéma n’a plus la prétention de changer le monde, mais la violence esthétique et morale provoquée par ce genre de film sur le spectateur l’oblige à choisir de quel côté du mur il portera son regard.

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