Tree of life de Terrence Malick : la piété de la mémoire poétique

Faire un film, c’est se recueillir dans l’écriture, l’image et le son. Voilà la grande leçon de Terrence Malick depuis ses deux chef-d’oeuvres initiaux, La ballade sauvage et Les moissons du ciel, que nous considérons bien au-delà de ses films récents, dont les images magnifiques (la création du monde au début de Tree of life) ne sauvent pas la mystique de supermarché (la marche des disparus au bord de la mer, le vol des mouettes, le pont entre deux rives, etc.).

Le fait de devoir remonter un film pendant un an et demi n’est pas nécessairement une bonne nouvelle (et je m’y connais), alors la longue attente des admirateurs du cinéaste ne pouvait sans doute qu’être déçue par les incertitudes probables du cinéaste face à son matériau. Stanley Kubrick convoquait les mythes de l’humanité (L’Odyssée d’Homère, la conquête de l’Amérique, le siècle des Lumières, etc.) pour son 2001 auquel Tree of life était hâtivement comparé. Tree of life est un film très imprégné d’une culture chrétienne de base, de la grâce, du pardon et de l’amour des autres, et c’est sans doute dans ce raccourcissement intellectuel que nous subissons la plus grande perte artistique, sachant que ce grand cinéaste traducteur du philosophe Heidegger avait ouvert sa carrière sur la peur d’être au monde et l’appel moral du souci de l’autre et du monde.

Tree of life accomplit le même parcours que le cinéaste en partant d’une famille américaine modèle (les très glamours Brad Pitt et Jessica Chastain) aux trois garçons rieurs, puis rongée par le doute et décomposée par la violence et la perte, avant de se recomposer idéalement dans des images béates de résurrection et d’éternité autour de la figure de Sean Penn (dans le film, le fils de Brad Pitt). Il aurait fallu monter le film à l’envers en coupant une demi-heure pour terminer comme dans le film avec la musique Ma vlast (mon pays) de Smetana sur les images fantasmagoriques du début qui remonte de l’homme au Big Bang en passant par le premier dinosaure sorti de l’eau. C’est ce film qu’il aurait fallu appeler Le nouveau monde.


THE TREE OF LIFE : BANDE-ANNONCE VOST par baryla

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