Le succès des Ch’tis : le cinéma français se rendrait-il compte que Paris n’est pas la France ?

L’intrigue qui réunit un postier, Dany Boon, incapable de dire “merde” à sa mère (Line Renaud), et ce directeur d’agence muté contre son gré dans un village du Nord, Kad Mérad, qui se réjouit que l’éloignement facilite sa réconciliation avec sa femme (Zoé Félix), n’est pas révolutionnaire. C’est plutôt de la mise en scène de cette région par ses habitants (Dany Boon en est originaire) que sortent les meilleures scènes du film. On frise parfois le régionalisme, mais après tout, alors que Kad Merad demande si le “chentre d’Lille” est un fromage qui pue, il s’entend répondre que c’est aussi une belle ville.

La meilleure nouvelle annoncée par le succès du film de Dany Boon (il est impossible de ne pas entendre dire qu’il devrait dépasser, au minimum, le succès de Titanic, en tout cas en France, ou au moins dans le Nord) provient de cette scène dans laquelle Kad Merad, qui interprète un directeur d’agence de La Poste muté dans le Nord, fait visiter à sa femme, une dépressive qu’il préfère tenir à l’écart de sa nouvelle vie, une rue qui ressemble à une caricature du Nord Pas de Calais : grisaille, murs de briques, alcooliques, ventres à bière, et surtout Philippe Duquesne (ex-Deschiens) qui fait semblant de tirer sur les chats pour se nourrir.

 Après une série d’oeuvres qui célébraient depuis le début de l’année 2008 la grisaille de la vie de célibataire neurasthénique à Paris, Bienvenue chez les Ch’tis présente l’avantage de ne pas mentir sur la marchandise. Dany Boon, qui porte toujours aussi bien le K-way, s’impose progressivement comme un nouveau comique, mélange de Bourvil et De Funès, Kad Mérad joue à la fois de sa tendresse (comme dans Je vais bien, ne t’en fais pas) et de son potentiel burlesque. On n’évite pas les gauloiseries, mais on retrouve, dans cet éloge de la camaraderie régionale, le charme de certains Pagnol. Si le cinéma français découvre une région tous les cinquante ans, on aura peut-être droit d’entendre de la cornemuse en 2058.

 

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