L’aigle de la neuvième légion : Tahar Rahim, barbare d’honneur

L’aigle de la neuvième légion de Kevin MacDonald illustre par l’absurde l’incapacité du cinéma hollywoodien à filmer les Arabes, ou plus globalement ceux que les Etats-Unis tiennent comme ses ennemis, comme des êtres humains, avec cette histoire de centurion romain à la recherche de l’emblème de la neuvième légion disparue au nord de la Grande-Bretagne en l’an 120 de notre ère.

Le centurion s’aventure en terre barbare dont l’éthymologie est centrale dans ce film (pour les Grecs étaient Barbares ceux qui disaient “berberber”, c’est-à-dire tous ceux qui n’étaient pas Grecs, le terme ayant donné en français Berbère et Barbare) avec un local dont on se doute qu’il ne restera pas longtemps son esclave.

Le cinéaste nous offre une magnifique bataille rangée lors de laquelle les Romains se mettent en position de tortue, puis un somptueux parcours des paysages du nord de l’Ecosse, avant que le désastre commence. Les deux bellitres font connaissance avec la tribu des Seals responsable de la mort du père du héros, dont le chef est interprété par l’excellent comédien Tahar Rahim (Un prophète). Les quelques bonnes volontés affichées par le film (critique de la civilisation et de l’Empire Romain, comprenez américain) sont détournées pour un éloge de l’emblème national et de la norme. Le cinéaste n’a même pas peur de rendre l’ennemi du film humain une fois mort, lavé par l’eau de la rivière dans laquelle il est étranglé. Refrain de la plus triste ballade de l’histoire des Etats-Unis : “un bon Indien est un Indien mort”.

On en vient à un moment à s’étonner que le cinéaste n’ait pas ajouté une bluette sentimentale à ce gouffre, avant que ne pointe une évidence : il n’y a pas de femmes dans le film, si ce n’est deux idiotes qui pouffent. Là où les cinéastes des années 50 et 60 se servaient du péplum pour évoquer l’homosexualité des hommes en jupe à une époque où la représentation de cette sexualité était interdite (en particulier dans Ben Hur de William Wyler et Spartacus de Stanley Kubrick), Kevin MacDonald n’a même pas le courage d’aller au bout de sa pensée concernant ses deux héros. Eloge de l’emblème national, du massacre des plus faibles par les plus forts et du puritanisme : L’aigle de la neuvième légion peut déjà prétendre au titre de plus mauvais film de l’année.


L'AIGLE DE LA NEUVIÈME LÉGION : BANDE -ANNONCE… par baryla

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