Road to nowhere de Monte Hellman : l’existentialisme est un nu maniste

Que reste-t-il dans le monde postérieur à la mort de Dieu et des idéologies ? La beauté du cou et des formes d’une femme, l’obsession consistant à transférer ses rêves et ses cauchemars sur un écran, nous dit Monte Hellman, cinéaste américain indépendant auteur du seul film existentialiste produit par un studio américain, Macadam à deux voies (1971), road-movie qui dut notamment sa gloire à une dernière image dans laquelle la pellicule s’enflammait (ce qui amena certains projectionnistes à renvoyer la pellicule au laboratoire).

Monte Hellman nous offre Road to nowhere après vingt ans de production et de participation à des jurys de cinéma en raison de sa réputation de cinéaste culte due à quelques films souvent maladroits, mais qui ont le mérite d’offrir des biscuits à la critique par leurs références et leurs audaces (L’ouragan de la vengeance, Cockfighter qui sans cacher ses défauts se terminait sur la phrase étonnante “she loves me ‘o more”, “elle m’aime plus”). L’histoire de tournage et de film dans le film de Road to nowhere sent un peu le réchauffé (Les ensorcelés, Le mépris, La nuit américaine, The player, Mulholland Drive, etc.), mais Monte Hellman a l’intelligence de donner du souffle à ce faux film noir dans lequel un cinéaste poursuit son obsession pour son histoire bis (une actrice de seconde zone s’est suicidée avec un politicien verreux, à moins qu’ils aient tout manipulé) et une femme fatale (Shannyn Sossamon) jusqu’à commettre l’irréparable.

Surtout, l’intelligence du cinéaste est de s’adapter aux moyens de production moderne, en tournant avec l’appareil photo Canon EOS 5D, dont l’un des plus grands chef-opérateurs français, Jean-Baptiste Gerthoffert, affirme qu’il constitue une excellente introduction au format numérique HD. Cette modestie du cinéaste est finalement sa marque la plus étonnante au pays de la démesure, tranchant radicalement avec les rêves projetés par les cinéastes européens aux Etats-Unis, de Paris, Texas (réalisé par un Allemand) à Inception (dû à un Anglais). Monte Hellman, admirateur revendiqué d’Albert Camus tendance absurde/mythe de Sisyphe, amateur de Desplechin et Nuri Bilge Ceylan, prouve avec la délicatesse de Road to nowhere qu’il est le plus européen des cinéastes américains.


Road To Nowhere / Bande-annonce par LE-PETIT-BULLETIN

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *